Père Émilien Tardif
Padre Emiliano Tardif

Viajero de Dios

Jésus est le Messie ( II )

 

Jésus est le Messie partie B

 

IV

 

INTERVIEW

 

 

 

 

 

DE L’AUTEUR

 

 

 

 

 

Réunissant plusieurs interviews effectuées dans plusieurs endroits du monde, nous avons choisi les questions qui nous semblaient les plus intéressantes. Nous les rapportons ici avec les réponses du père Emiliano Tardif.

 

 

1.- En quoi consiste précisément le don de guérison?

Le don de guérison est, comme tous les autres charismes, une manifestation de l' Esprit Saint. Saint Paul affirme: A chacun la manifestation de l’  Esprit est donnée en vue du bien commun. Ensuite il en énumère neuf : La parole de sagesse, la parole de science, la foi, les dons de guérisons, la puissance d’opérer des miracles, la prophétie, le discernement des esprits, les diversités de langues, le don de les interpréter (1 Co 12, 8-11).

Père, mais on dit que ces charismes extraordinaires étaient uniquement pour les débuts de la vie de l’ Eglise... et que maintenant ils ne sont plus nécessaires... Mais qui a dit cela? Alors la foi que saint Paul cite dans cette même liste n’était aussi que pour les débuts de la vie de l’Eglise? Le Concile Vatican 11 parle de ces dons extraordinaires qui font partie de la vie de l’Eglise aujourd’hui (cf. Lumen Gentium 4 et 12).

Par ailleurs, le Cardinal Ratzinger dans son livre Entretiens sur la foi affirme :

“Dans le coeur d’un monde desséché par le scepticisme rationaliste est née une nouvelle expérience du Saint-Esprit, qui a pris l’ampleur d’un mouvement de renou­veau à l’échelle mondiale. Ce que dit le Nouveau Testament à propos des charismes qui apparurent comme des signes visibles de l’Esprit n’est plus seu­lement de l’histoire ancienne, à jamais révolue : cette histoire redevient aujourd’hui vibrante d’actualité.”

2 - Pourquoi l’Eglise Catholique n’accorde-t-elle pas encore aux charismes droit de cité, alors que dans de nombreuses Eglises Evangéliques ils sont communément admis?

Je dois souligner différents aspects:

a) Il me semble que c’est parce que notre Eglise catéchise beaucoup et évangélise peu. Les signes accompagnent la proclamation que Jésus est vivant, mais pas dans la même proportion quand on enseigne des vérités ou la doctrine de la foi. Le jour où resurgira l’annonce explicite de Jésus comme Sauveur et Seigneur, nous verrons des prodiges dans le ciel et des signes sur la terre. Pour moi, le problème n’est pas l’absence de charismes. Ceci n’en est que la conséquence. La racine en est que nous avons cessé de proclamer l’annonce de la mort rédemptrice et la glorieuse résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ.

b) D’un autre côté, nous avons sombré dans la tentation du pélagianisme : utiliser seulement les moyens humains et compter uniquement sur les moyens naturels pour réaliser l’oeuvre de Dieu.

Quand on fait l’analyse de la réalité, on oublie qu’on compte avec la puissance de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. L’oeuvre de l’Eglise est une mission impossible qui surpasse les forces des hommes. Comment la réaliser sans la puissance de l’Esprit Saint?

Ni la science, ni la technique, ne peuvent suppléer à ’action de l’Esprit. N’oublions pas que si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs (Ps 127, 1).

c) Cela peut également être une réaction devant les exagérations qu’on rencontre parfois. Moi aussi, je suis contre les déformations, mais l’existence de l’ivraie ne jus­tifie jamais qu’on arrache le blé.

d) On voit resurgir quelque chose qu’on avait enterré, et maintenant que cela resurgit, on ne sait quoi en faire ni comment s’en servir. Mais d’ici peu, cela sera normal. J’espère que bientôt l’anormal sera qu’un jour il n’y avait pas de guérisons, et que les gens s’étonneront car à ce moment-là la puissance de Dieu ne pouvait se manifester.

e) Enfin, je puis dire qu’il y a déjà beaucoup d’évêques ouverts à ces manifestations d’ordre charismatique. Je ne vous citerai que trois cas :

Monseigneur Rafael Bello, Archevêque d’Acapulco, a écrit une belle lettre pastorale sur la “Nouvelle Evangélisa­tion 2000” à l’occasion des quinze ans du Renouveau dans son archidiocèse. La différence avec d’autres écrits épisco­paux est qu’on y parle et on y évalue le Renouveau, alors que dans sa lettre, l’archevêque a désiré communiquer le fruit qu’il en a personnellement retiré. Le paragraphe 54 dit ceci:

Ils sont nombreux les évangélisateurs qui agissent toujours sous l’action de l’Esprit Saint. Je suis heureux de citer parmi eux le père Tardif qui est mondialement connu comme tel, car il est venu très souvent évangé­liser à Mexico, et c’est un ami qui a prêché la retraite sacerdotale charismatique à Acapulco en 1984.

Le leitmotiv de sa prédication, de ses lettres person­nelles ou circulaires, comme de ses conversations est: Qu’il est facile et efficace d’évangéliser avec l’aide de la puissance de l’Esprit Saint ! Tous les pays l’ont entendu parler des merveilles du Seigneur et tous étaient remplis d’admiration (Ac 2, 11-12). Son extraordinaire charisme de guérison attire des milliers et des milliers d’auditeurs, et il en profite pour évangéliser inlassablement. Il pense comme Paul : Malheur à moi si je n’annonçais pas 1’ Evangile !

(1 Co9, 16).

Je recommande fortement l’étude dans les groupes de son livre Jésus est vivant. Le père Emiliano nous persuade que le Renouveau est une force évangélisa­trice, parce qu’il conduit ses membres à s’ouvrir à la puissance de l’Esprit, à ses dons et à ses charismes.

Le Cardinal Renard confessait au père Tardif que le Renouveau aidait les prêtres et les Evêques à reconnaî­tre que l’incrédulité et le rationalisme font obstacle à un apostolat fécond. Le Cardinal ajoutait: “Nous mettons des rails à l’Esprit Saint pour qu’il s’y ajuste, et lui vole bien au-delà. L’Esprit Saint ne suit pas nos programmes pastoraux. Il est évident que nous avons besoin d’un programme pastoral, mais tout programme doit être perméable pour que l’Esprit Saint puisse s’en servir et même le transformer. L’Eglise est une Pentecôte permanente et non une rationalisation permanente.”

Le Cardinal Ratzinger, dans le livre précédemment cité déclare:

“Ce qui est un signe d’espoir dans l’étendue de toute l’Eglise - précisément aussi au milieu de la crise de l’Eglise dans le monde occidental, c’est l’éclosion de nouveaux mouvements que personne n’a planifiés, auxquels personne n’a fait appel, mais qui proviennent simplement de la vitalité intérieure même de la foi. En eux se dessine - bien que sans aucun bruit - ce qui ferait songer à une aurore de Pentecôte dans l’Eglise. Je pense par exemple au Mouvement charismatique, au Néocatécuménat, à Cursillo, Focolare, Communion et Libération, etc.”

- Pour terminer, les derniers Papes ont exprimé de très belles choses sur le Renouveau. La plus belle est celle de Paul VI, quand il fait référence au Renouveau comme à “une chance pour l’Eglise et le monde” (19 mai 1975).

 

3 - Vous parlez d’exagérations dans les charismes. Quelles sont-elles?

 

Le problème principal est quand nous les sortons de leur contexte: Dans le récit de Marc, la phrase précédant l’invitation à imposer les mains aux malades pour qu’ils soient guéris, parle de proclamer la Parole: “Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16, 15-18). C’est-à-dire que les signes prodigieux accompa­gnent l’annonce de l’Evangile. Ils n’existent pas seuls mais lorsque l’on proclame le salut en Jésus-Christ.

De son côté, Matthieu conclut son envoi en mission par: les baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint” (Mt 28, 18-19). C’est-à-dire qu’après la guérison doit suivre la vie sacramentelle. Il s’agit donc d’une chaîne à trois maillons : Parole-Guérison-Sacrement. S’il n’en est pas ainsi, cela s’affaiblit.

Au début de mon ministère, un prêtre vint me rendre visite au Canada pour que je participe au Congrès qu’il organisait. J’acceptai naïvement. Mais durant tout le Congrès, il dirigea la prière, les chants, donna tous les enseignements. Il présida l’ Eucharistie, prononça l’homélie et fit même les annonces. A la fin de la journée seulement, il me demanda de prier pour les malades. C’est là que j’ai appris à ne pas prier pour les malades quand je n’ai pu proclamer la victoire de Jésus sur la croix et le triomphe de sa résurrection.

 

4 - Comment vous êtes-vous rendu compte que vous aviez le don de guérison?

Après que j’aie eu prié pour les malades dans plusieurs groupes de prière. Le 18 novembre 1973, un malade qui souffrait d’arthrite et d’arthrose me demanda de prier pour lui. A la fin de la prière, il se mit à marcher, laissant sa canne. Il était totalement guéri. Plus tard, je constatai comment, de plus en plus fréquem­ment, Jésus guérissait les malades. Ainsi commença pour moi cette vie pleine de surprises : je n’aurais jamais imaginé jusqu’où Il pouvait me conduire. Je crois, d’autre part, que mon ministère est d’évangéliser. Quand on annonce Jésus, quand on proclame le kérygme, c’est alors qu’apparaissent ces signes.

5 - Un charisme, ça s’apprend ? Il y a des techniques ?

Je ne dirais pas que cela s’apprend, mais que cela se fortifie. Et plus on le met au service des malades, plus il se développe. C’est un don gratuit qui, si on ne s’en sert pas, ne se développe pas. Mais si on le met au service des malades, il se fortifie et se manifeste davantage. Je vois aujourd’hui beaucoup plus de guérisons qu’il y a cinq ans, dans les mêmes circonstances. L’usage du charisme nous fait grandir dans la foi. Plus nous voyons de guérisons, plus nous sommes sûrs que d’autres aussi seront guéris.

6 - Quel est le principal obstacle aux charismes?

Je crois que c’est la peur de perdre notre réputation. Les charismes sont une croix, et beaucoup ne sont pas prêts à la porter. L’exercice de certains charismes nous fait passer pour des fous, d’autres se moquent de nous et nombreux sont ceux qui nous déprécient ou nous persécutent. Si nous n’étions pas disposés à mourir à nous-mêmes, jusqu’à abandonner nos privilèges et notre renommée, nous ne pourrions pas recevoir ces charismes. Je me rappelle très bien un curé voisin qui se moquait des charismatiques, et dans ses homé­lies dominicales assurait que si certains parlent en langues, c’est parce qu’ils manquent de vitamines...

Je vais vous raconter une anecdote que j’ai déjà racontée au cours de la première retraite mondiale des prêtres organi­sée par le Renouveau Charismatique en octobre 1984 à Rome il y avait là environ six mille cinq cents prêtres, plus de quatre-vingts évêques et plusieurs cardinaux.

Je leur dis: “Beaucoup de prêtres auraient des charismes très beaux s’ils n’avaient pas si peur de perdre leur réputation et n’étaient pas si préoccupés de leur image de marque. Le respect humain et la peur du ‘qu’en dira-t-on’ nous ferment à l’action de l’Esprit. Il nous faut mourir à nous-mêmes, pour que l’Esprit puisse passer à travers nous”. Je leur racontai ensuite:

Un jour, au cours d’une retraite, nous étions pleins de la joie du Seigneur. Tout s’était déroulé dans une grande joie, mais en même temps dans la paix qui vient du Seigneur. Pour clore la retraite, on avait programmé l’Eucharistie, présidée par le père évêque de ce dio­cèse. Cet évêque n’aimait pas les manifestations spontanées, ni les chants exultants, ni les charismes, il avait même interdit les applaudissements et que les gens lèvent les mains. A plusieurs reprises, il s’était élevé fortement contre toutes ces choses, ce qui faisait que les gens avaient un peu peur de lui. Quand il arriva, les guitares se turent et les chants de louange se firent muets, en même temps que les mains levées s’abaissèrent. Tout prit un ton très formel et sérieux. Au moment précis où il allait ouvrir l’Eucharistie, il y eut un problème de sonorisation. Tous étaient nerveux. Le sacristain vérifiait les fusibles, un autre allumait et éteignait le micro, pendant qu’un autre essayait de voir ce qui était arrivé à l’amplificateur. L’église, pleine de gens impatients, attendait dans un silence tendu le commencement de la messe. Pour calmer un peu les nerfs, l’Evêque dit à voix haute: Il semble que nous ayons un petit problème avec les micros...! “Et avec votre esprit”, répondit la foule. Tous croyaient que la messe avait commence. Beaucoup ont des problèmes avec leurs micros. Ils ne laissent pas à l’Esprit suffisamment d’espace pour qu’Il puisse se mouvoir librement. On veut l’emprisonner dans des moules préétablis et on ne le laisse pas évoluer avec la liberté du vent qui souffle où il veut. Ceux qui ont des problèmes avec leurs micros, c’est parce qu’ils sont trop soucieux de ce que les autres pensent. Si nous étions moins jaloux de notre réputation, nous serions plus ouverts à l’Esprit Saint. La peur du ridicule nous empêche de nous ouvrir aux charismes de l’Esprit. C’est sûr que les charismes sont humiliants. Ils nous conduisent à la croix. C’est pour cela que beaucoup en ont peur et que d’autres les refusent. Finis les horaires reposants, les heures de sommeil se raccourcissent. D’un autre côté, la réputation ne grandit pas, bien au contraire on se retrouve accablé de moqueries, critiques et sarcasmes... mais dans le fond tout peut se dépasser, toujours et quand on n’a pas de problème avec ses micros.

7 - Ce n’est pas dangereux un don comme celui-là?

En premier lieu, c’est un don ; c’est-à-dire, un cadeau gratuit de Dieu. La guérison est l’ oeuvre exclusive de Dieu qui passe par des instruments humains.

- Par ailleurs, c’est pour le bien commun, et pas pour celui qui possède le don. Il serait fort dangereux de s’accaparer la gloire de Dieu pour soi tout seul. On pourrait même aller jusqu’à condam­ner quelqu’un qui aurait le don de guérison: “Beaucoup me diront en ce jour-là: ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons chassé les démons ? en ton nom que nous avons fait bien des miracles ?‘ Alors je leur dirai en face ‘Jamais je ne vous ai connus ,~ écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité “(Mt 7, 22-23).

Si nous le mettons au service de la communauté, c’est un don précieux. Si nous reconnaissons que nous ne sommes que des instruments, nous serons édifiés. Cependant, le plus grand bénéfice que j’y vois est qu’il accroît la foi de la communauté, qu’il réveille ceux qui dorment et qu’il revitalise le ministère d’évangélisation, montrant Jésus vivant au milieu de nous.

 

8 - Père, si saint Paul dit que l’essentiel c’est l’amour, pourquoi accordez-vous tant d’importance aux cha­rismes?

 

Ce n’est pas moi qui l’accorde. C’est Jésus (cf. Mt 4, 23). Saint Paul dit que “les signes” caractérisent le véritable apôtre (cf. 2 Co 12, 12). Je voudrais plutôt demander : Pourquoi certains minimisent-ils ce qui pour Jésus avait une grande signification?

Malheureusement nous opposons ce qui est complémen­taire. L’amour dans l’abstrait n’existe pas. L’exercice d’un charisme, quelqu’il soit, est un service pour la communauté et par conséquent c’est de l’amour.

 

9 - Presque toujours on parle du père Tardif comme d’une étoile isolée. Vous travaillez seul?

Outre que je suis Missionnaire du Sacré Coeur, je suis membre d’une communauté appelée “Les serviteurs du Christ Vivant”, qui comprend quatre-vingt sept membres. Un ministère quelqu’il soit, et par-dessus tout celui-ci, est très dangereux s’il est accompli “en cavalier seul”. Mes frères dans la communauté m’aiment et me corrigent. J’apprends beaucoup d’eux. Ils ne m’admirent pas trop. Je suis simplement leur frère, et ils sont engagés vis-à-vis de lui pour qu’il arrive à la sainteté. J’aime beaucoup prêcher des retraites avec d’autres qui donnent des points de vue différents de l’évangélisation. Même avec des couples qui peuvent traiter des thèmes de la famille d’une façon bien plus complète que je ne le ferais. Je travaille actuellement avec une communauté de laïcs. Notre communauté est née en 1981-82. Avec l’aide de nombreux bienfaiteurs, nous avons pu obtenir une maison dans la capitale dominicaine, qui est notre centre de forma­tion pour les évangélistes. La maison a été inaugurée le 19 mars 1984 et le 25 mars nous commencions le ministère de l’adoration du Très Saint-Sacrement. C’est de là qu’est venue l’idée de l’appeler “Maison de l’Annonciation”. Chaque jour on expose le Saint-Sacrement de huit heures du matin à huit heures du soir. La communauté a différents ministères, mais le premier est l’adoration du Saint-Sacrement. Il y a tous les après-midis un prêtre disponible à la maison pour accueillir les personnes qui souhaitent une direction spirituelle. Nous avons en plus la célébration de l’Eucharis­tie. La Maison est, d’abord, un centre de formation d’évan­gélisateurs avec la contemplation de Jésus dans l’Eucharistie. La Maison de l’Annonciation évangélise à travers des retraites charismatiques en ville et en dehors. Cela se fait à travers des programmes de télévision et de radio. Chacun vit dans sa propre maison, mais nous nous retrou­vons chaque semaine pour prier, partager et organiser notre apostolat. Nous avons deux retraites annuelles pour nourrir notre vie spirituelle d’une manière plus forte. Les membres de la communauté sont laïcs, ils ne font pas de voeux, mais prennent certains engagements de base.

 

10 - Etes-vous le seul, au sein de votre communauté évangélisatrice, à avoir le don de guérison?

Plusieurs d’entre nous ont le charisme de guérison physi­que, d’autres celui de guérison intérieure. Sur les 87, 11 ont reçu le charisme de parole de science, et plusieurs ont celui de prophétie ou de libération. Je vais vous raconter quelque chose qui est arrivé à un catéchiste de la Maison: Un jour arriva une personne avec ses béquilles, elle pouvait à peine marcher et cherchait le père Tardif pour qu’il prie pour sa guérison. Le catéchiste qui la reçut l’informa qu’il n’était pas là.

Le malade en fut fort désolé, mais le frère lui dit: Vois, je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne. Viens à la chapelle où se trouve exposé le Saint-Sacrement. C’est lui qui va te guérir. Le malade y alla. Après environ quinze minutes d’o­raison, il sortit de la chapelle, ferme sur ses jambes et marchant tout seul.

11. - Nombreux sont ceux qui tiennent le père Emiliano Tardif pour un saint. Qu’en pensez-vous?

Cela me fait toujours bien rire. Parfois, quand je suis seul et que je vais me coucher le soir, je me dis: “S’ils savaient qui je suis, ils resteraient plus tranquilles”. Je n’ai pas cessé d’être un curé de campagne dans une petite île perdue de la mer des Caraïbes. Je ne peux pas penser que je sois plus que l’âne qui a porté Jésus. Je sais bien que lorsqu’on me couvre de remercie­ments et qu’on met son vêtement sur le sol devant moi, c’est pour souhaiter la bienvenue à Jésus que je porte. Et quand je le leur ai eu porté, ils me renvoient à mon bercail ; sur le retour, point de manteaux de fleurs ni de reconnaissance : j’entre dans le sanctuaire de mon être et je dis: “Seigneur, que tu es grand !“ Ce retour de l’âne à la maison est ce qui nous maintient humbles. La solitude et le face-à-face avec Jésus ne nous autorisent pas à nous méprendre. Quand je m’agenouille et que je proclame les merveilles de Dieu à travers les Psaumes, je pense que si les gens connaissaient mieux Dieu, ils se fixeraient moins sur nous. Ma communauté sait bien que je ne suis pas un saint, mais que je désire l’être. C’est la vocation de tout baptisé. Mais nous imaginons toujours un saint comme celui dont on peut mettre la photo sur l’autel ou qui réalise des miracles. Pour moi, être saint, c’est beaucoup plus que cela : c’est être comme Jésus. Qui n’a pas envie d’être saint?

De plus, depuis mon baptême, parce que j’ai été enraciné dans la mort et la résurrection du Christ Jésus, je porte en moi le germe de sainteté par le don de l’Esprit Saint qui m’a été accordé gratuitement, sans aucun mérite de ma part. Le don de guérison n’est pas un signe de sainteté, c’est un don gratuit. Si je le mets au service des malades avec patience et amour, cela peut aider à me sanctifier, parce que c’est simplement l’exercice de la charité, et parfois c’est pesant. Un jour quelqu’un m’a dit: “Emiliano, tu n’as pas peur que les gens te canonisent de ton vivant pour tant de mira­cles ?’ J’ai répondu: “Je préfère qu’ils me prennent pour un saint que pour un brigand”.

 

12- Père, quand vous prêchez aux foules, il y a des manifestations d’hystérie collective?

Il y a des manifestations que je ne qualifierais pas d’hys­térie, mais c’est un enthousiasme normal devant la présence salvifique de notre Dieu. Par exemple, les Psaumes sont pleins de ces expressions. Par ailleurs, les scribes et les pharisiens ont trouvé exagé­rés les cris de “Hosanna !“ au Fils de David. Je me pose la question, pourquoi est-ce que les gens crient et s’enthousias­ment devant le triomphe de leur équipe favorite sur le stade et qu’ils ne pourraient pas exprimer leur émotion devant le seul qui a vaincu la mort ? Pourquoi pourrait-on pleurer d’émotion devant un artiste et pas de joie devant le Seigneur des seigneurs? Bien que je ne doute pas que quelques personnes exagè­rent l’expression de leur émotion, je crois que d’autres manquent de liberté d’expression.

Mais il y a bien parfois de l’exaltation et de l’émotivité...

Je préfère me trouver face à un exalté qu’à un mort. On peut corriger et éduquer l’exalté, mais que faire du mort?

13 - Pourquoi certaines personnes sont-elles guéries et d’autres non ? Certaines qui apparemment ont une grande foi et même semblent mériter la guérison ne sont pas guéries ; et, au contraire, parfois sont guéries des personnes qu’on n’aurait jamais imaginé?

Il y a là deux choses à distinguer. La première est pourquoi les gens sont guéris, et l’autre, pourquoi ils ne le sont pas. En ce qui concerne la première, je vais vous raconter quelque chose qui nous est arrivé il y a déjà longtemps. Au cours d’une réunion, nous discutions justement de la raison de fond pour laquelle le Seigneur nous guérit. L’un donnait une argumentation biblique, l’autre s’ap­puyait sur le fait que c’était une promesse du Seigneur, etc. Il y avait là un jeune à l’air niais qui voulait donner son opinion, mais personne ne lui en laissait la possibilité. A la fin, quand nous eûmes tous achevé nos profondes réflexions sur le thème, le jeune homme dit d’une voix posée :“Je crois que Dieu nous guérit parce que nous sommes malades”. Après avoir tourné maintes fois la question dans ma tête, j’en suis arrivé à la même conclusion Dieu est un Père bon qui compatit à la douleur de ses enfants.

En ce qui concerne la raison pour laquelle d’autres ne sont pas guéris, je n’en ai pas la moindre idée. Mais quand j’arriverai au ciel, c’est la première chose que je demanderai à Dieu. Ce qui est certain est que même des païens qui n’ont pas la foi sont guéris... j’en ai vu en Afrique et en Inde. C’était au cours d’une campagne d’évangélisation à Mbandaka au Zaïre, une après-midi s’étaient réunies environ vingt-mille personnes dans le stade sportif pour la Messe de guérison. Un enfant païen qui passait par là entra par pure curiosité pour voir ce qui se passait. C’était le moment de la Communion. Ensuite eut lieu la prière de guérison. Cet enfant de douze ans souffrait de tachicardie depuis la naissance. Il sentit rapidement qu’une chaleur forte l’envahissait, comme si un courant électrique lui parcourait le corps. C’était l’Esprit de Dieu vivant qui ressuscita le corps de Jésus dans le sépulcre, qui le remplissait et le guérissait. Après la messe, l’enfant était totalement guéri de sa tachicardie; le médecin put vérifier que ce qui s’était passé n’était pas pur fruit de son imagination, mais bien une véritable guérison du coeur. Au cours de la clôture de la campagne d’évangélisa­tion, cet enfant de douze ans donna son témoignage avec une audace surprenante et termina en rendant grâce au Seigneur ainsi: “Je ne suis pas chrétien, mais maintenant je veux le devenir”.

Nous sommes face au mystère de l’amour de Dieu. S’il est vrai que le Seigneur n’en guérit que quelques-uns, Il nous offre à tous la guérison définitive: la vie éternelle où il n’y aura plus ni maladie, ni deuil, ni pleurs. Nous recevons gratuitement la guérison, mais qui sommes-nous pour de­mander à Dieu : pourquoi guéris-tu un tel et pas un tel? On n’est pas guéri parce qu’on le mérite, c’est un pur don de Dieu. Josefina Guzman de Zapotiltic, Jal. (Mexique) nous mon­tre que le Seigneur nous guérit parce que nous sommes malades et non parce que nous le méritons par nos bonnes oeuvres. C’est un acte de pur amour.

Depuis quelques années ,je souffrais d’une maladie qui me rendait faible tout au long du jour. La respiration me manquait et je ne pouvais pas accomplir les travaux domestiques. Mon mari se fâchait et disait que j’étais très molle. J’étais désespérée et triste. J’allai voir le docteur, qui diagnostiqua une hypoten­sion. Il me recommanda de boire un petit verre de cognac tous les matins. Comme je n’avais pas de quoi acheter du cognac, je pris une petite bière. C’est sûr que je me sentis mieux. Le lendemain, j’en pris une un peu plus grande et me sentis encore mieux. Peu après, j’en prenais une au lever et une autre dans l’après-midi. J’en ajoutai une ensuite pour m’endor­mir. Sans m’en rendre compte, je sombrais dans l’alcoolisme. Je ne voulais pas être alcoolique, mais en même temps, je ne pouvais m’arrêter de boire. D’un côté je me sentais très faible. De l’autre, je m’approchais de la tombe à cause de ce vice de l’al­coolisme. Je me rendis compte dans ma propre chair comment le péché agit sur notre corps. Infirme de l’âme, je tombai malade du corps. J’allai voir les “Alcooliques Anonymes” .

1. NDT A.A est une association d’hommes et de femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d’en aider d’autres à se rétablir de l’alcoolisme.

Là on me dit que ce qui me faisait le plus de mal était le premier verre. Je me trouvais dans une impasse: si je ne buvais pas, je ne pouvais pas travailler; mais si je ne travaillais pas, mon mari me battait. J’étais sûre que seul un miracle pouvait me faire sortir de ce trou si profond. Mais les miracles étaient pour d’autres temps et pour les bons, pas pour les ivrognes comme moi. Alors je commençai à assister aux rencontres d’un groupe de prière du Renouveau, où j’avais entendu dire que le Seigneur accomplissait encore des mira­cles. J’entendis là la Parole du Seigneur, qui nous dit que le péché est à l’origine de tous les maux et toutes les maladies. C’est alors que je me dis qu’il me man­quait une bonne confession et que je m’approchai du sacrement, profitant du jubilé de l’Année Sainte 1983. Peu à peu ma santé se détériora. Je rendis alors visite au docteur Ismael Espejo, qui me fit un test de Papa­nicolaou le 24 mai 1984. Les résultats montrèrent un cancer de la matrice. Il était tellement avancé, qu’on me condamna. La science médicale ne pouvait rien faire pour moi, mais pour moi le Seigneur était premier. Un jour, on nous dit que le père Emiliano Tardif venait à Guadalajara et qu’il allait célébrer une messe pour les malades dans l’Auditorium de la ville. Au cours de la prière pour les malades, je sentis une main douce se poser sur mon épaule gauche. En novembre de la même année, il y eut une nouvelle rencontre au stade Jalisco. Nous étions plus de soixante mille personnes à louer Dieu pour ses mer­veilles. Après la Communion, le père Emiliano commença la prière de guérison, assurant que Jésus allait guérir beaucoup de malades, mais pas tous. Je me dis à moi-même: “Toi, tu fais partie de ceux qui ne vont pas guérir, parce que tu es ivrogne et que tu ne le mérites pas”. Je me mis ensuite entre les mains de la Vierge Marie, pour qu’elle me présente à son divin Fils. Le père Emiliano, dans une parole de connaissance, dit que cinq personnes étaient guéries de cancer, dont une femme atteinte d’un cancer du ventre. Je pris au sérieux la parole du Seigneur. Je me levai de mon siège et criai de toutes mes forces: “C’est moi!” Les gens se tournaient vers moi, les uns méfiants, les autres pleins d’allégresse, mais moi j’étais sûre que le Seigneur venait de me guérir. Le 4 janvier 85 on me refit des examens. Le résultat fut merveilleux. Le cancer n’était plus là! Le docteur ne s’expliquait pas ce qui s’était passé étant donné qu’il avait dépisté un cancer du cinquième degré éten­du à tout le bassin ; mais j’étais parfaitement guérie. Je lui répétai les paroles du père Tardif: “Jésus est le maître de l’impossible”. Il me reste encore ce dernier examen du 10 juillet 1986 pour que ce soit confirmé. Je n’ai plus eu besoin non plus d’alcool. Finies les petites bières. J’ai retrouvé maintenant les forces de ma jeunesse. Ma forteresse, c’est le Seigneur! C’est lui mon bouclier! Le Seigneur m’a guéri l’âme, et m’a guéri le corps ! J’offre mes examens médicaux à qui les veut. Moi je n’en ai plus besoin. Je préfère plutôt me préparer à l’examen final quand Jésus me deman­dera ce que j’ai fait pour les plus pauvres que moi.

 

14 - Que ressentez-vous intérieurement quand un aveugle se met à voir ou qu’un paralytique se lève de son brancard?

Cela me remplit d’allégresse, comme lorsque j’ai été moi-même guéri par le Seigneur. Je vais vous raconter seulement deux cas de guérison qui montrent l’amour miséricordieux de Dieu, vous me direz ensuite si ça ne vous remplit pas de joie. Je prêchais une retraite dans la province de Québec. Le premier soir, au cours de la prière de guérison, je reçus une parole du Seigneur disant qu’il guérissait une personne sourde de l’oreille gauche. Je demandai qui était concerné et un policier se leva très ému disant: “C’est moi, je n ‘entendais rien du côté gauche et maintenant j ‘entends parfaitement” Le deuxième soir de la retraite, il y eut une autre prière de guérison. Une parole de connaissance disait qu’une personne qui avait eu un accident et souffrait beaucoup de la colonne vertébrale était guérie. Je demandai qui était cette personne qui sentait une grande chaleur dans le dos : “Lève-toi et tu vas te rendre compte que ta douleur a disparu”. Et le même policier que la veille se leva. Les larmes aux yeux, il dit: “C’est moi, je ne ressens plus aucune douleur”. Le troisième soir, une des paroles de science disait “Il y a quelqu’un ici qui souffre sous les ongles des orteils ; tu te sens les pieds chauds, très chauds, et le Seigneur te les guérit”. Je demandai de qui il s’agissait et le policier se leva une troisième fois disant : “C’est moi”. C’était sa troisième guérison. Il souffrait de la goutte, mais je ne savais pas que cette maladie s’appelait ainsi.

Après cela, les gens ne voulaient plus que le policier revienne le quatrième jour, craignant qu’il n’accapare toutes les guérisons de la semaine. Je leur dis: “Non, pour la guérison ce n’est pas ainsi. La puissance de Jésus touche chacun. Comme au cours des noces de Cana, il a transformé tant d’eau en vin qu’on aurait pu célébrer une autre noce, Dieu a fait spécialement mi­séricorde à notre frère pour que nous puissions nous confier à son amour. Notre Dieu a des bénédictions en réserve pour tous ses enfants”.

Quinze jours plus tard, nous prêchions une retraite à Montréal, et là le policier donna le témoignage de sa triple guérison : ouïe, colonne vertébrale et goutte. Cet homme qui était très éloigné de Dieu vécut un si grand changement que maintenant - je l’ai retrouvé lors d’une prédication récemment dans sa ville, Lasarre - il est l’un des leaders du Renouveau Diocésain où sa femme et lui sont très engagés. La triple guérison a touché toute la famille pour une transformation spirituelle. C’est le plus beau de tout le témoignage.

Dieu n’est pas mesquin. Parfois on souffre de plusieurs choses et on ne demande qu’une guérison au Seigneur, comme si c’était quelque chose qui coûterait beaucoup. Il faut avoir confiance et oser demander tout ; Dieu donne toujours au-delà de notre attente. Un autre témoignage très sympathique qui montre l’hu­mour de Dieu est ce qui s’est passé à Santiago del Estero en Argentine en 1984 dans un stade bondé de trente mille personnes au cours d’une mission d’évangélisation qui dura cinq soirs. Après la prédication, nous avions la célébration de l’Eucharistie. Une mère de famille avait amené avec elle son fils de cinq ans, paralysé depuis deux ans. Pendant la Communion, comme l’enfant ne pouvait pas bouger, sa maman le laissa assis sur son siège et partit communier. Il y avait tant de monde qu’elle mit un peu de temps à revenir auprès de son fils. Mais à la fin de la messe, elle s’approcha en pleurant du micro, demandant qui lui avait pris son enfant paralysé qui était assis sur son siège. Quelqu’un se rendit compte que le “petit perdu” était à l’arrière et jouait avec d’autres enfants. Le Seigneur l’avait guéri au cours de la prière de guéri­son : l’enfant était descendu de son siège et était parti jouer avec d’autres petits.

15 - Et que ressentez-vous quand les gens ne sont pas guéris?

Cela m’emplit de compassion, mais je ne sens pas qu’on leur ait pris quoi que ce soit. J’insiste en disant que Jésus n’a jamais dit que tous les malades seraient guéris, mais qu’Il nous donnerait des signes pour l’évangélisation. Les guéri­sons sont les signes qui accompagnent l’annonce de l’Evan­gile, mais il n’est pas nécessaire que tous soient guéris pour qu’on croie à la Parole de Dieu. Un journaliste me dit un jour : “Je crois qu’il faudrait suspendre toutes ces réunions, car beaucoup de gens viennent espérant être guéris et retournent malades chez eux. C’est encore pire d’être déçu que de n’avoir pas espéré”. Je lui répondis alors :“Il faudrait également fermer les hôpi­taux, parce que beaucoup de ceux qui y entrent en sortent entre quatre planches pour le cimetière”.

Ce n’est pas ainsi que je le vois. Je crois que tous les malades qui viennent à ces rencontres, même s’ils ne sont pas guéris physiquement, peuvent recevoir des grâces. Le réveil de la foi est pour beaucoup une guérison importante. Même si le malade n’est pas guéri, il reçoit une bénédic­tion du Seigneur. Le reportage suivant intitulé “Revivre” est écrit de façon très belle par José M. Troche du journal El Diario d’Assomption au Paraguay, le 22 avril 1988: Il était là, fané comme une fleur en automne. Triste. Attendant la mort. Et les années passaient, et cette mort qu’il attendait comme une libération de ses souffrances n’arrivait pas. Il se sentait prisonnier et pourtant, pas de filet pour l’empêcher de s’évader; cependant il ne le pouvait même pas, l’eût-il désiré. Il n’est pas de prison plus triste que celle du fauteuil roulant, dont l’équipage transporte une impotence tragique. Il ne pouvait plus le supporter. A quarante ans, il était attaché à son fauteuil et était esclave de sa famille. Ils le conduisaient là où il ne voulait pas aller; ils l’em­menaient dans la rue alors qu’il aurait voulu se repo­ser; ils le couchaient alors qu’il voulait se promener. Personne n’avait de temps pour lui. Pensez qu’il avait travaillé comme un nègre pendant vingt ans, gagnant sou après sou, jusqu’à pouvoir monter un commerce dont ils auraient pu vivre sans souci, mais il ne pouvait plus s’en occuper.

Tous les jours - depuis ce dimanche après-midi, cinq ans auparavant - il se réveillait avec la même angoisse. Il faisait mentalement tout ce qu’il pouvait pour se lever de son lit, mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Il s’accrochait aux poignées qu’on lui avait installées à la tête de son lit et arrivait ainsi à se lever. Il regardait ses jambes: énormes, musclées, d’athlète; mais elles étaient endormies. L’accident de voiture avait été terrible, mais il avait réussi à survivre. L’autre - un adolescent de dix-sept ans - était mort. “Pourquoi ne suis-je pas mort à sa place ?“ se lamentait-il ; il souffrait d’être comme un mort-vivant et il en avait assez. La dernière fois que je le vis, il était plus abattu que jamais. Il voulait mourir, mais n’avait même pas le courage de se suicider. Mais... quelque chose s’est passé, il n’y a pas long­temps. Comme tous les dimanches, son fils aîné pous­sait le fauteuil vers la messe dominicale. Je le rencontrai tout à fait par hasard. Je m’étais disposé à écouter sa litanie monotone de plaintes, mais c’était déjà un autre homme. Il souriait comme cela faisait des années qu’il n’avait plus souri. Il s’était mis une che­mise blanche, avait mis de côté sa triste veste grise. Il sentait même le parfum français, preuve évidente qu’il avait ressuscité à la vie quotidienne. “Pourquoi fais-tu cette tête-là ? “ me dit-il d’emblée. Qui sait quelle tête je faisais en le regardant. Ce n‘était pas ma tête de commisération de toujours, ni rien qui y ressemblât. C’était plutôt une tête perplexe, étonnée. Et mes yeux, pour sûr qu’ils demandaient ce qui s’était passé..

Il continuait à sourir. C’est un miracle ! pensai-je. “Oui, mon vieux, c’est un miracle”, me dit-il comme s’il lisait dans mes pensées. Et il me raconta toute l’histoire. En réalité, il se croyait mort, parce que son âme était morte. Sans espoir, sans assumer sa condition d’handicapé, oubliant que le corps a d’autres organes vitaux plus importants que les deux jambes. “Le miracle s’est produit une nuit. Mes enfants m’ont conduit au Stade, plus que jamais compatissants, pen­sant que je sortirais en jouant au football, comme avant. Tu vois que non. J’ai l’air comme avant, appa­remment. Mais tout a changé, depuis cette nuit-là”. A partir de cette nuit-là, il sentit qu’il était un homme utile, fort, bien qu’il ne puisse marcher, plein de vie. A partir de cette nuit-là, il se remit à vivre. Cette nuit-là, il comprit qu’il n’était pas seul, et que la paralysie de ses jambes n’était rien face au cancer de son âme. Et cette nuit-là, il guérit. Il guérit de l’âme, de son pessimisme, il n’a même plus besoin d’être guéri des jambes.

16 - Comment pouvez-vous être toujours heureux malgré tous ces malades qui vous recherchent, vivre chaque jour avec la douleur et être comme une éponge qui absorbe l’amertume de la misère humaine? Vous ne souffrez pas de la douleur de tous ces gens?

Je souffre de voir toute cette souffrance, mais cela ne me déprime pas. Le Seigneur nous donne la compassion, qui est un degré d’amour pour le malade... Par ailleurs, je suis témoin du grand amour de notre Dieu pour celui qui souffre. S’il est vrai que je suis chaque jour en contact avec la douleur de l’homme, il est tout aussi certain que chaque jour je puis palper la puissance miséricordieuse de Dieu. Alors je répète avec saint Paul Qui nous séparera de l’amour du Christ? Ni la maladie ni la mort ne pourront y arriver!

 

17 - Comment “ça marche”, cette parole de connais­sance à travers laquelle vous savez ce que Dieu fait?

Je ne vois ni ne sens rien. Cependant, j’ai la certitude intérieure qu’une personne est en train de guérir de quelque chose. La certitude se confirme quand je certifie que le malade a été réellement guéri. Il s’agit d’une impulsion intérieure, une motion de l’Es­prit. C’est comme pour saint Pierre, se jeter à la mer pour marcher sur les eaux. Le Seigneur disait un jour à une religieuse contemplative: “Chaque fois que tu donnes une parole de connaissance, tu dois faire un acte de foi comme tu le fais quand tu reconnais que je suis présent dans la Sainte Hostie”. C’est comme lorsque l’on s’engage sur un chemin plein de brouillard: au début on ne voit que ce qui est devant soi, mais au fur et à mesure qu’on avance, on voit plus loin.

Par exemple, j’ai la certitude que quelqu’un est guéri de l’oreille. Au fur et à mesure que je le dis, il m’apparaît que c est une femme qui ressent une chaleur et même son âge... Si je n’étais pas sûr que cela vienne du Seigneur, je n’oserais jamais dire son âge à une femme... Voici le très beau témoignage que soeur Regina Catteeuw nous rapporte dans sa lettre du 10 octobre 1988 : Révérend père Tardif. C’est avec grande joie et reconnaissance que je vous écris pour vous annoncer une bonne nouvelle : Lucas est né. C’est le premier enfant de mon frère et de son épouse Maria Rosa, mariés depuis le 22 août 1975. Le 14 novembre, à Gand, l’avant-dernière parole de science que vous avez donnée était: “Il y a un couple marié depuis douze ans qui n’a pu avoir d’enfant. D’ici un an, ils tiendront un bébé dans leurs bras”. Le 22 août, exactement le treizième anniversaire de leur mariage, est né un bébé aux cheveux noirs qui pesait trois kilos six cent cinquante. Quand mon frère prit son fils dans les bras, il s’exclama avec tendres­se: “Tu as été si longtemps dans nos attentes et dans nos rêves. Chaque année le printemps et l’hiver revenaient, mais toi tu ne venais pas. Mais si tu n’es pas venu plus tôt, ça c’est un secret entre Dieu seul et toi”. La foi de toute la famille a grandi. Un grand salut de Maria Rosa, Lucas et le petit Lucas

Soeur Regina Catteeuw

 

L’exercice des charismes est un chemin de croissance dans la foi. Chaque fois que je donne une parole de connaissance, je me jette à l’eau, sûr que le Seigneur ne fait jamais défaut. C’est également un chemin d’amour, parce qu’il sert à la communauté. Tous les charismes sont pour le service et sont pour cette raison des manifestations du plus grand des charismes : l’amour. La parole de connaissance est un acte de foi, tant de la part de celui qui la donne que du malade qui l’entend; et Dieu, qui donne la foi, répond à cette foi.

18 - Vous faites des miracles?

Un jour, un journaliste colombien m’a posé exactement la même question. Je lui ai répondu: “Non, rien de tout ça. Tout est très simple : je prie et Jésus guérit”. Le lendemain, il publiait un article dans un quotidien qui s’intitulait: “Le père Tardif prie et Jésus guérit”. Quand je vis le journal, je m’exclamai: “Enfin, un journaliste qui a compris !“ Le don de guérison est pour les autres, pas pour soi. Il m’arrive d’être malade : si le don de guérison était pour moi, je m’imposerais les mains sur la tête, je prierais et serais guéri, mais ce n’est pas ainsi que cela se passe. Au cours d’une retraite de fin de semaine pour deux mille hispanisants à Tucson en Arizona, le Seigneur guérit beaucoup de malades, y compris de maladies très impor­tantes, surtout d’arthrite et de paralysie. A deux heures de l’après-midi le dimanche, j’avais une très forte fièvre. J’avais eu un refroidissement et j’eus du mal à donner mon dernier enseignement. A la fin de la retraite, il me fallut me coucher pendant un jour et demi. Je me disais: “Si le don de guérison était pour son bien propre, je m’imposerais les mains et me guérirais d’un coup pour sortir de mon lit.” Mais le Seigneur m’a montré de nouveau que ce n’est pas moi qui guérit, c’est Lui.

19 - Racontez-nous une guérison qui a attiré votre attention par quelque chose de particulier.

Je vais vous en raconter plusieurs qui montrent l’humour de notre Dieu. En 1984, je prêchais une retraite dans la ville de Monterrey. Au cours de l’Eucharistie, il était très difficile de distribuer la communion, car toutes les allées étaient bourrées de monde. Aidé de quelques gardiens, je m’acheminai vers la partie arrière. Comme je passais au milieu de la foule, certains vou­laient me toucher, d’autres allaient jusqu’à me deman­der de prier pour eux, je pensais : “Mais si Jésus lui-même peut les guérir, je ne sais pas pourquoi ils recherchent le père Emiliano.. Au milieu de toute cette foule, je vis une femme qui avait les larmes aux yeux. Elle portait un petit enfant dans ses bras. L’enfant me regardait avec tendresse. Je me souvins alors de ce paralytique de la piscine de Béthesda (Jn 5) qui ne pouvait entrer dans l’eau mira­culeuse parce qu’il n’avait personne pour l’aider. Je m’approchai alors de l’enfant et l’embrassai. Il sourit ; je continuai à distribuer la communion. Ordinairement, je n’embrasse pas quand je donne la communion, mais à ce moment précis, j’en avais senti le désir et je le fis... Le lendemain, la dame se mit au micro devant la foule et dit : “Hier, au moment de la communion, le père Emiliano passa près de nous. Rapidement, il se retour­na et donna un baiser à mon petit garçon, qui a deux ans et était complètement sourd. Je veux rendre grâce parce que depuis hier mon fils entend. Dieu l’a guéri. Gloire à son Nom !“

A partir de ce moment-là, ça m’a compliqué l’existence. Tout le monde voulait que je lui donne un baiser; mais je leur disais : “Non, les baisers ne sont que pour les enfants. Les femmes doivent recevoir des baisers de leurs époux.” Cependant, l’enseignement porta du fruit. Je n’ai guéri personne. Le baiser, bien qu’il fût un signe d’amour, ne pouvait même pas guérir un mal de tête. Ce qui s’était passé, c’est que je portais Jésus dans mes mains et c’est Jésus lui-même qui avait guéri le petit enfant sourd. Je ne suis que l’âne qui porte Jésus, et c’est pour cela qu’Il continue à guérir les malades. Le pire serait de se fixer sur l’âne et non pas sur celui qu’il porte sur son dos. Le jour où nous réaliserons que nous sommes tous porteurs de Jésus-Christ, ce jour-là, notre ministère sera transformé: nous ne parlerons plus tant de Jésus, nous le laisserons agir dans toute sa puissance.

La façon de guérir de Jésus est si étrange que nous ne pouvons omettre de raconter ce qui s’est passé à Monte Maria où chaque dimanche se trouvent réunies plus de cinquante mille personnes pour la célébration de l’Eucharistie au cours de laquelle le père Gilberto Gomez fait une prière pour les malades. Au cours d’une de ces célébrations, la hampe du drapeau du Vatican tomba et frappa une personne qui marchait courbée, la faisant tomber. Tous furent peinés de voir que ce tube si grand et si lourd était tombé précisément sur une personne ma­lade. A la surprise de tous, le malade se redressa de lui-même. Le tube lui avait redressé la colonne. Encore aujourd’hui, il marche normalement.

Les voies de Dieu sont pleines de bonnes surprises. Parfois Dieu nous guérit par un baiser, parfois par “un coup de tube”. Une autre guérison très curieuse qui au début me posa problème, mais qui après coup me fit beaucoup rire, eut lieu à Arequipa, au Pérou, en 1985. Au cours de la prière pour les malades, la première parole de science que je reçus et que je donnai était la suivante: “En ce moment, le Seigneur guérit un para­lytique”. Puis, d’une voix plus forte, j’ajoutai : “Au nom de Jésus, lève-toi”. Aucun de ceux qui étaient en siège roulant n’eut l’audace de faire le pas dans la foi.. Ensuite je précisai : “Le Seigneur guérit en ce moment un paralytique. Le signe qui t’identifie, et pour que tu saches que c’est toi que le Seigneur guérit, tu sens une légère chaleur dans tes jambes et tu trembles. Toi qui sens cette chaleur, mets-toi debout au nom du Sei­gneur”... Personne ne bougea. Un silence tendu enveloppait l’atmosphère. J’insistai de nouveau, à voix lente mais claire: “Le paralytique que le Seigneur guérit, mets-toi debout”. Personne ne se leva. Devant le regard dubitatif des sceptiques, il semblait que cette fois rien ne se passerait. Alors, je dis - et cela parut une bonne excuse a certains - ; “Bien, dans quelque temps, tu pourras donner ton témoignage”, et je continuai à donner d’autres paroles de science.

Bien qu’elles fussent toutes confirmées, cette première me restait comme “en travers de la gorge”. Pour terminer j’annonçai : “Le Seigneur est en train d’ouvrir les oreilles d’un sourd”. A ce moment-là, un sourd assis dans un fauteuil roulant se mit debout et commença à crier: “Père, j’entends, j’entends ! Avant, je n’entendais rien !“ Alors je déclarai: “Comme de raison : tu es le paraly­tique que le Seigneur a guéri, mais comme tu étais également sourd, tu ne t’es pas rendu compte que le Seigneur t’avait guéri de ta paralysie. Au nom du Seigneur, marche...” Et cet homme se mit à marcher au milieu des applau­dissements, des rires et de la joie de la foule... A la fin, je leur dis : “Tous les jours, on apprend quelque chose. A partir d’aujourd’hui, je vais deman­der au Seigneur de commencer par guérir les sourds pour nous éviter ces situations embarrassantes dans lesquelles Il nous met...”

20 - Père, quel effet cela vous fait-il d’être si près de la puissance de Dieu ? Ce ne doit pas être facile de s’habi­tuer à ce que le Seigneur se manifeste tous les jours?

Il y a le même danger que pour celui qui célèbre la messe chaque jour. De la même façon que nous courons le risque de nous refroidir en célébrant l’ Eucharistie, nous pourrions nous accoutumer à ce ministère. La foi doit être renouvelée chaque jour. Heureusement, les témoignages sont là pour nous édifier. Si nous ne pouvions voir la confirmation de ce que le Seigneur accomplit, je crois que nous aurions abandonné depuis longtemps. On peut parfois se décourager, mais les témoignages nous fortifient pour aller de l’avant. C’est en voyant la joie de ceux qui sont guéris que je retrouve le courage de prier pour les malades.

21 - Les guérisons ne font-elles pas oublier le prix de la souffrance?

Je vais vous répondre avec un fait de la vie courante: Un jour mon avion eut du retard et j’arrivai à une retraite en retard. L’évêque me reçut avec quelqu ‘im­patience parce qu’il devait partir et ne m’avait attendu que pour me donner quelques indications. Dès que j’arrivai, sans presque me dire bonjour, il me dit très sérieusement: “Père, la souffrance et la maladie entrent également dans le plan de Dieu. Nous ne devons pas perdre la valeur de la souffrance causée par la maladie. Je vous demande, s’il vous plaît, qu’il n’y ait pas de ministère de guérison au cours de la messe”. Puis, regardant sa montre, il ajouta: “Pardonnez-moi si je ne reste pas à votre conférence, mais le dentiste m’attend depuis déjà une demi-heure...” Je lui répondis simplement : “Mais, Monseigneur, votre mal de dents n’est-il pas une souffrance qui a du prix aux yeux de Dieu ? Pourquoi le médecin pourrait-il nous guérir et pas Jésus ?“

Pour finir, c’est moi qui demande: Est-ce que la douleur manque au monde? Dans ce monde qui souffre déjà trop, avons-nous encore besoin de plus de croix ou du pouvoir de la croix qui nous apporte tous les fruits de la Rédemption? Nous ne devons pas oublier la parole prophétique concernant Jésus :11 a pris nos faiblesses et s’ est chargé de nos maladies. Par ses plaies nous sommes guéris. Au cours du congrès de Lourdes, il y eut tant de guérisons qu’un prêtre s’approcha de moi et me dit: “Il me semble qu’il y a trop de guérisons”. Lui mon­trant la longue file de ceux qui venaient donner leur témoignage, je lui demandai : “Lequel d’entre eux supprimerais-tu ?“

22 - Vous avez déjà vu des merveilles de toute sorte?

Je crois que nous n’avons encore rien vu. Le Seigneur nous réserve des surprises plus grandes chaque jour. La Pentecôte est commencée. Nous allons voir des choses plus grandes encore. Une époque glorieuse approche, comme il n’en a jamais existé jusqu ‘à maintenant. Le monde, plus que jamais, a besoin de Jésus, et il va se manifester avec toute la puissance de son Saint-Esprit. Dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, le 19 mai 1975, Ralph Martin donna une prophétie qui disait: “Vient une époque d’évangélisation comme on n’en a encore jamais vu dans mon Eglise”.

Le prophète Joêl annonce des signes dans le ciel et des prodiges sur la terre, et nous les voyons: En mars 1987, vers 5 heures de l’après-midi, je prêchais à Coatzacoalcos quand soudain le soleil se couvrit d’une nuée qui, en se déplaçant, donnait l’impression que le soleil dansait. Nous avons été quinze mille personnes à le voir. Dieu est grand! En la fête du Christ-Roi en 1984 à Monte Maria au Mexique, les nuages formèrent une immense croix dans le ciel, bientôt suivie de deux autres de chaque côté. -Au Zaïre, je prêchais en français. Une femme qui ne parlait que le dialecte lingala me comprit parfaitement. Dieu veut nous donner des signes qu’Il est vivant et a le pouvoir de sauver le monde. Nous verrons des choses plus grandes encore.

23 - Et si un jour il n’y avait plus de guérisons?

S’il n’y avait plus aucune guérison, je serais très inquiet et je me demanderais ce qui ne va pas en moi, parce que le Seigneur ne peut cesser d’accomplir ses promesses. Il a promis que des signes et des prodiges accompagneraient la proclamation.

24 - Vous avez eu aussi à souffrir la persécution ou les rejets?

Qui. J’ai été critiqué, parfois avec ironie, même par des prêtres. En d’autres occasions, j’ai été ridiculisé.., mais cela fait partie de mon ministère. Il y a encore des Evêques qui n’autorisent pas le ministère de guérison. Ils disent que c’est du fanatisme. Cependant, c’est au coeur de l’Evangile, comme le signe qui accompagne la proclamation. Les critiques ne me bles­sent pas personnellement. Ce qui me fait mal, c’est de voir que les coeurs se ferment à l’amour miséricordieux de Jésus, qui veut se manifester à travers les signes et les prodiges.

25 - Père, est-ce que tout cela pose problème à votre Congrégation?

Au début, un frère de ma Congrégation est venu me voir en particulier et m’a conseillé “Essaie de te sortir de tout cela. Jusqu’à maintenant, nous avons toujours été considérés comme une Congrégation sérieuse et avec toutes tes folies, on va se moquer de nous”.Je lui répondis : “Je ne veux pas en sortir, parce que je vois des fruits dans le changement de tant de gens. Jamais auparavant mon sacerdoce n’avait été si fécond”. Le plus curieux est qu’il y a peu de temps mon Supérieur Provincial m’a fait appeler en me disant “Nous avons eu une réunion des Supérieurs Provinciaux d’Europe et ils se plaignent que tu prêches beaucoup dans ces pays sans jamais dire que tu es Missionnaire du Sacré Coeur”. Je lui objectai: “Je ne le dis pas parce qu’il y en a qui ne sont pas fiers que je sois charismatique, ils en sont même gênés. Ce que je confesse toujours est que j’appar­tiens au Coeur de Jésus.” Le Supérieur Général me conseilla un jour : “Emiliano, je ne voudrais pas que tu aies des problèmes avec les Evê­ques”. Ce à quoi je lui ai répondu “Père, je n’ai de problèmes avec personne. Je crois que ce sont les autres qui ont des problèmes avec moi”. Grâce à Dieu, on m’a maintenant donné toute liberté pour prêcher à temps complet dans le monde entier. Mon agenda est si rempli que je n’ai même pas le temps de tomber malade.

26- Quand les personnes sont guéries, que leur arrive-t-il après?

 

La personne qui a été guérie a besoin d’accompagnement dans son processus d’évangélisation. Notre erreur serait de ne pas s’occuper d’elle après coup. Ce n’est pas la guérison qui donne la foi, mais elle nous dispose merveilleusement à recevoir la Parole du Seigneur qui engendre la foi. Si nous ne profitons pas de ce moment optimal pour présenter Jésus à la personne guérie, nous avons perdu la meilleure occasion de l’évangéliser. Il y a des gens qui vivent une grande guérison, mais après, personne ne les accompagne. Ils reçoivent la semence avec grande joie et bonheur, mais si elle n’est pas arrosée ni enrichie, on peut la perdre par manque de soins. La guérison ne remplace pas l’évangélisation, elle l’ac­compagne. Au mois d’octobre 1988, j’ai pu prêcher dans cinq pays d’Afrique avec le père Jo Heglin, M.S.C. L’un de ces pays était le Burkina Faso. Il y avait plus de quatre cents leaders du Renouveau réunis pendant une se­maine entière. Mais chaque soir de la retraite, nous allions tous devant la Cathédrale pour une messe à dix-huit heures, à laquelle assistaient de nombreux musulmans. Ceux-ci croient en Dieu (Allah), mais considèrent Jésus-Christ comme un prophète de plus. Une guérison qui me toucha beaucoup fut celle d’une femme musulmane de 45 ans qui souffrait de paralysie du côté droit. Une amie l’avait invitée à la messe de guérison, lui disant: “Ce soir, beaucoup de malades seront guéris, viens avec nous”. Cette femme vint à la messe de guérison et durant la prière, le Seigneur la guérit. Au cours de la messe de clôture, elle donna son témoi­gnage devant des milliers de personnes: “Ouvrez vos coeurs à Jésus, Jésus est vivant. J’en suis témoin. Je souffrais de paralysie du côté droit. Je suis allée dans de nombreux hôpitaux et on ne me guérissait pas, mais une amie m’a amenée à la messe de guérison mardi soir. Je suis musulmane, mais je suis venue et Jésus m’a sauvée. Je m’appelle Zenabo, mais à partir d’au­jourd’hui je veux être chrétienne et je m’appellerai Catherine”. L’Esprit Saint en quelques minutes l’avait convaincue que Jésus était le Messie Sauveur et qu’il n’y a pas d’autre Nom donné aux hommes par lequel nous puis­sions être sauvés.Ce qui arrive après une guérison est toujours merveilleux. La guérison généralement est comme une explosion qui génère une réaction en chaîne, pour transformer, non seule­ment la personne guérie, mais aussi tous ceux qui l’entou­rent. En voici la preuve dans le témoignage qui suit:

Guadalajara, Jal. 11 Octobre 1984.

Mon nom est Maria Guadalupe Lopez de Preciado. Mon mari, Armando Preciado, est reporter du journal El Occidental. Cela fait treize ans que nous sommes mariés et nous avons un fils et une fille. Nous voulons par ce témoignage louer, bénir et glorifier le Seigneur, car Il a fait des merveilles dans nos vies bien que nous l’eussions presqu’oublié. Le 3juillet1984, nous avons dû faire hospitaliser notre fille Claudia à la clinique quatorze de la Sécurité Sociale, pour être opérée de ce que l’on pensait être une hernie. Le lendemain, nous arrivons de bonne heure pour voir notre petite et savoir comment elle allait. Nous fûmes étonnés de voir au-dessus de son lit une demande d’examen radiographique, ce qui n’est pas courant, et encore moins quand les patients vien­nent d’être opérés. Le docteur, très pessimiste, nous dit qu’il semblait que Claudia avait un cancer. On lui avait fait une biopsie, on en aurait les résultats la semaine suivante. Si le résultat était positif, il faudrait la réopé­rer tout de suite.

Le 11, vers midi, nous attendions les résultats avec une grande angoisse. Le docteur Barragan nous confirma que notre fille avait effectivement un cancer inopéra­ble. Les résultats de la biopsie indiquaient un neuro­blastome abdominal stade III (inopérable): il s’agit de deux tumeurs qui envahissent l’abdomen presqu’en­tièrement. Seul un miracle pouvait sauver notre fille. Nous sommes allés à l’assemblée de prière pour de­mander sa guérison. Ensuite, la petite fut transportée au Service d’Oncologie d’un autre hôpital, chez le docteur Juan Arroyo, qui nous confirma la gravité de la maladie. Nous continuions à prier. Le Seigneur nous donna la joie d’assister à la sainte messe célébrée par le père Emiliano Tardif à l’Auditorium le 28juin à 17 heures. Malgré toutes nos difficultés à entrer, nous y sommes arrivés. C’était une véritable fête où le Seigneur offrait la guérison physique ou intérieure à plusieurs frères. Le père citait les personnes qui étaient guéries, et déses­pérés, nous n’entendions rien qui aurait pu concerner notre petite. A la fin de la messe, ma fille et moi nous nous approchons du père Tardif et en larmes, je lui dis:

“Père, ma fille a un cancer quasi incurable, et si elle meurt, moi aussi je veux mourir. C’est ma seule fille”. Le père, d’une voix calme et apaisante, me dit : “Ne pleurez pas madame. Au nom du Seigneur, votre fille va guérir”. Ayant dit cela, il mit la main sur la tête de Claudia et pria cinq secondes. Cela fait déjà trois mois. Les traitements de chimiothé­rapie et de radiothérapie sont terminés, sans aucune réaction négative chez ma fille. Nous vous envoyons des copies du dossier de notre fille, dans lequel une des feuilles datée du 12 novembre dit textuellement: “Les tumeurs ont disparu. La patiente peut rentrer chez elle”. A la suite de cette merveille du Seigneur, nos vies ont changé, notre unité s’est trouvée renforcée. Beaucoup de nos amis ont rejoint des groupes de prière. Nous suivons quant à nous le Séminaire de Vie dans l’Esprit. C’est pour la louange et la gloire du Seigneur que nous donnons ce témoignage, qui est la présence manifeste du Christ qui est vivant, qui nous aime et qui nous regarde les yeux pleins de compassion et de miséri­corde.

 

 

27 - Est-ce que vous suivez une méthode ou une ligne?

Une méthode, non. J'annonce toujours d'abord Jésus et j'encourage la foi. Ensuite je prie pour la guérison du péché au moyen de la conversion et enfin je prie pour les guérisons physiques. Il n’y a pas une retraite où je n’aie vu des guérisons sensibles. Mais cela ne veut pas dire que tous les malades doivent être guéris. Les miracles sont des signes de la puis­sance de Dieu, qui montrent que Jésus est vivant et qui servent pour l’accroissement de notre foi. Dieu ne nous veut pas seulement rétablis, mais entière­ment guéris : corps et âme, de même dans nos relations ave les autres.

28 -Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui exercent ce même ministère de guérison?

Le conseil est de ne pas prier pour la guérison sans évangéliser. Nous ne devons pas commencer par prier pour la guérison physique d’un coup, sans nous préoccuper de la vie spirituelle du malade. Si les gens se sentent très loin de Dieu, il nous faut les aider pour qu’ils se repentent de leurs péchés. Le cas du paralytique à qui les péchés ont d’abord été remis avant qu’il soit guéri, est classique pour exercer ce ministère. Si nous prions uniquement pour la guérison physique et que nous ne nous préoccupons pas de la conversion de l’infirme, nous faisons un travail de vétérinaire : ce dernier s’occupe uniquement du corps. Il faut se préoccuper du pardon et de la guérison inté­rieure. Si le ministère de guérison se réduit à la guérison physique, sans se préoccuper de la vie de foi, cela ne vaut pas la peine d’avoir ce charisme.

29 - On dit que vous connaissez des gens très importants dans tous les domaines: des Rois, des Présidents et des Cardinaux vous ont demandé la prière et vous ont invité à leur messe privée. Quelle est la personne la plus importante que vous connaissiez personnellement?

Pour moi, la plus importante, c’est Jésus. Mais nous sommes tous importants puisque nous sommes fils de Dieu. Il n’y a pas de plus grand titre dans ce monde que celui de fils de Dieu. Chaque personne vaut autant, puisque Jésus a donné sa vie pour elle. Nous avons été rachetés au prix du sang précieux du Christ Jésus. Tous les gens que je rencontre sont importants, mais le plus important de tous, c’est Jésus, le Seigneur des seigneurs.

Oui, père, mais nous faisions référence à une personne vivante.

Jésus est vivant! Depuis qu’Il est ressuscité le troisième jour du tombeau, Il est vivant pour ne plus jamais mourir. Et non seulement ça: Il a la vie pour la donner à tous ceux qui croient en son Nom. Vous pouvez le rencontrer également. Il est là et Il frappe à la porte de votre coeur. Si vous entendez sa voix et que vous lui ouvrez la porte, Il entrera chez vous et vous conviera au banquet du Royaume...

30 - Quel est le message du père Emiliano Tardif?

Je ne fais que prêcher que Jésus est l’unique Messie et que nous ne devons pas en attendre un autre. L’essence de ma prédication est de manifester que Jésus est vivant aujour­d’hui dans son Eglise. Je crois que j’ai moins à dire de jour en jour car je me rends compte que l’essentiel est d’être témoin de ce que nous avons vu et entendu. Chaque jour je réalise que l’important n’est pas de parler de Jésus, mais de le laisser agir avec toute la puissance de son Saint-Esprit.

31 - Finalement, étant donné l’importance grandis­sante du don de guérison et le nombre de personnes qui vont à des eucharisties où on prie pour les malades, qu’est-ce que Dieu veut nous dire à travers tous ces signes ?

A travers ces signes, le Seigneur vient nous manifester sa victoire totale. Jésus est venu libérer son peuple du péché, mais en plus il y a les conséquences de ce dernier comme la maladie et la mort. Jésus donne des signes de sa victoire sur le péché, guérissant des malades et ressuscitant des morts. Jésus ressuscite glorieux au sépulcre et c’est là que se trouve le signe définitif de sa victoire parce que la mort est entrée dans le monde à cause du péché, comme l’affirme saint Paul (Rm 5, 12). Je constate que chaque guérison est un signe évident de la victoire de Jésus. C’est également une manifestation de l’amour de Dieu. Il faut se rappeler ce que Jésus a dit au paralytique: “Tes péchés te sont pardonnés”. Puis il ajouta: “Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je te l’ordonne, lève-toi, prends ton grabat et va-t-en chez toi” (Mc 2, 9-1 1). Pour moi c’est la phrase la plus claire pour expliquer le sens de la guérison : démontrer la victoire de Jésus sur le péché. Il a le pouvoir de pardonner les péchés, et par là-même d’en détruire les conséquences. Tous ces signes nous répètent une seule chose : Jésus est le Messie sauveur de ce monde et nous ne devons pas en attendre un autre. Ce Messie est vivant aujourd’hui, et Il donne la vie à ceux qui croient en son nom.

Conclusion

Je voudrais terminer ce chapitre intitulé “Interview de l’auteur” avec ce qui m’est arrivé un jour à propos d’une interview. Un journaliste de l’hebdomadaire français V.S.D. (Ven­dredi, Samedi, Dimanche) me demanda un jour une entrevue pour son journal, qui tire à quatre cent mille exemplaires. Il déclare que “pour répondre aux interrogations de tant de gens qui ne peuvent le rencontrer”, il s’est changé en “détective pour fouiller ciel, mer et terre pendant deux mois, avant de pouvoir localiser le père Tardif au téléphone et fixer l’entretien à Saint-Domingue”. Il raconte ensuite son voyage aux Caraïbes et la traversée de Sabaneta: “Une église blanche et une poignée de petites maisons roses et turquoise, au flanc de la montagne verte.., et préci­sément parce que cet habitat est deshérité de la terre, le père Tardif le visite pour qu’on ne se prive pas du ciel”. A la suite apparaît une photo du père Emiliano Tardif souriant sur un âne sur un chemin de l’île caraïbe, avec la légende suivante: “A dos de mulet, le père Tardif évangélise les paysans”.Peu après la publication de ce reportage, je suis allé àParis, et beaucoup de gens me dirent qu’ils avaient été extrêmement étonnés que je me sois laissé interviewé par une telle publication, qui n’est pas religieuse, mais bien plutôt traite de thèmes légers et superficiels. Ils étaient scandalisés de voir ma photo au milieu de gens du monde et d’articles peu chrétiens. Je ne répondis pas à leurs critiques, mais je pensai que si Jésus s’était assis à la table des publicains et qu’Il était suivi par des prostituées, il n’y avait pas à avoir peur de ce genre de situation. Un an plus tard, je prêchais à Strasbourg ; je devais aller ensuite à Dijon. Roger, membre de la communauté du “Puits de Jacob”, offrit de m’y conduire en voiture. En route, je lui demandai comment il avait rencontré le Seigneur, et il se mit à me raconter l’histoire de sa vie, comment il était resté de longues années loin de la foi et de tout contact avec l’Eglise. Il continua: “Mais il arriva qu’une fin de semaine j’ache­tai la revue V.S.D. où je trouvai un article d’un prêtre qui curieusement s’appelait comme vous, Tardif. Cela me parut intéressant car il parlait d’un Dieu merveilleux que je ne connaissais pas. Cela attira tant mon attention que je me renseignai où je pouvais trouver un groupe du Renouveau. Je suivis ensuite un séminaire de la vie dans l’Esprit où j’eus une rencontre personnelle avec Jésus qui me changea la vie. C’est là que je rencontrai ce Dieu qui m’aimait et qui voulait me montrer tout son pardon. Je me repentis et lui ouvris les portes de mon coeur pour qu’Il vienne sauver tout ce qui était perdu. Je me suis confessé, et depuis, je suis un autre homme.”

Je lui dis: - Mais ce père Tardif de la revue V.SD., c’est moi... -Comment? Vous êtes de Saint-Domingue?- De coeur oui, mais je suis né au Canada. Nous avons alors rendu grâce à Dieu qui se sert de tous les moyens, jusqu’à ce genre de revues, pour rapprocher ses enfants qui expérimentent le véritable amour et ne s’abreuvent pas en route aux citernes percées, mais à la véritable source d’eau vive. Si j’avais publié mon témoignage dans les “Annales de la Propagation de la foi”, Roger n’aurait jamais rencontré le Seigneur, vu que ce n’est pas le genre de revues qu’il achetait pour se divertir. Que le Seigneur est grand! Ses voies ne sont pas nos voies et ses critères ne sont pas les nôtres.

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LA NOUVELLE

EVANGELISATION

Aujourd’hui, le Saint Père parle inlassablement de la Nouvelle Evangélisation. A partir de sa visite en Haïti en 1983, où il employa pour la première fois ce terme, il n’a cessé de faire allusion а ce thème. Il n’y a quasiment pas d’occasion où il ne s’y réfère. Le Pape signale les trois aspects dans lesquels l'Evangélisation doit être nouvelle: Nouvelle dans son ardeur. Nouvelle dans ses méthodes . Nouvelle dans son expression. Notons bien qu’elle n’est pas nouvelle dans son contenu. Il est clair que la nouveauté ne peut pas porter là-dessus. Il n’existe pas d’autre Evangile que celui qui a été annoncé par Jésus lui-même et répété par les apôtres : Jésus est l’unique Sauveur. Il n’y a pas d’autre médiateur entre Dieu et les hommes. L’Evangile, c’est la personne de Jésus-Christ. La Bonne Nouvelle est que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils Unique, non pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jn 3, 17). La Bonne Nouvelle, ce n’est pas quelque chose, mais quelqu’un : Jésus, qui a donné sa vie pour nous, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts et est vivant pour ne plus jamais mourir. Ainsi donc, sa personne même est le message du grand amour de Dieu pour nous : bien que nous soyons pécheurs, Il a livré son Fils а la mort, pour que tous ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. La Bonne Nouvelle qui donne l’espérance quelle que soit la situation ou la circonstance, est que la mort a été vaincue par la résurrection de Jésus. Quand bien même Jésus n’aurait prononcé aucun discours, ou les évangélistes n’auraient rapporté aucun de ses enseignements, le message central ne se serait pas dévalué: il est la Parole et son style de vie est le message le plus grand et le plus fondamental.

L’Evangile est toujours le même et le restera toujours. Même si un ange venu du ciel annonçait un Evangile différent de celui-ci, il serait faux et anathème, selon la vigoureuse expression de saint Paul (Ga 1, 7-9). Nous n’avons donc pas besoin d’un nouvel Evangile, mais d’une Nouvelle Evangélisation. Voyons ensemble ce que signifie la nouveauté de l’évangélisation.

1 - Nouvelle dans son ardeur

Personne ne peut sentir une ardeur pour l’évangélisation s’il n’a pas eu auparavant une rencontre personnelle avec Jésus ressuscité. La raison en est toute simple : le mot ardeur vient de “être ardent”, et nous ne pouvons être ardents que si nous sommes devant le feu de l’Esprit du Christ ressuscité. Les coeurs des disciples d’Emmaüs brûlent quand Jésus lui-même leur explique les Ecritures : c’est pour cela qu’ils s’en retournent rapidement à Jérusalem donner témoignage de ce qui leur est arrivé en chemin.

Brûler pour l’Evangile est un élément fondamental dans l’évangélisation: - Que le zèle de la Maison du Seigneur nous dévore. Que, comme Pierre et Jean, nous ne puissions cesser de parler de tout ce que nous avons vu et entendu. - Que comme Jérémie, un feu nous brûle les os qui nous pousse à évangéliser à temps et à contretemps. Pour renouveler l’ardeur, il nous faut revenir au premier amour, celui-là même qui nous a séduits et nous a poussés à nous livrer sans condition à Jésus. Ce n’est qu’alors que nous serons disposés à accomplir notre mission prophétique, quoiqu’elle paraisse amère ou difficile.

Si notre coeur est brûlant d’amour pour Jésus-Christ, notre bouche proclamera nécessairement son message de salut et notre vie sera un reflet de la sienne. Le prédicateur, plus que des théories et des doctrines sur Jésus, doit avoir Jésus en son coeur. C’est pour cette raison que le Pape Paul VI disait que le monde d’aujourd’hui a plus besoin de témoins que de maîtres. Il faut de nouveaux évangélisateurs, embrasés du feu de l’Esprit; des témoins qui ne répètent pas ce qu’ils ont lu ou étudié, mais qui ne peuvent cesser de raconter ce qu’ils ont vu et entendu. Il faut que cela se remarque qu’ils sont remplis de l’Esprit. Deux séminaristes étaient allés à une retraite d’Introduction au Renouveau Charismatique. Ils en revinrent si heureux qu’ils allèrent tout droit chez le Recteur du séminaire pour lui raconter ce qu’ils avaient vécu. Celui-ci les regardait avec doute, mais les écouta avec attention et respect.

Très vite, l’un des deux, un peu imprudemment, lui dit: “Monseigneur, vous ne voulez pas qu’on prie tout de suite pour que vous receviez l’Esprit Saint ?“ Lui, un peu gêné, répondit: “L’Esprit Saint, je l’ai reçu au moment du baptème. On m’a redonné l’Esprit le jour de ma Confirmation, et encore le jour de mon ordination sacerdotale...” Après quelques secondes d’un silence tendu, l’autre séminariste ajouta : “Alors, Monseigneur, ne pourrions-nous pas prier pour que cela se voit ?“ L’ardeur pour l’Evangile nous pousse à être embrasés dans notre apostolat, de telle façon que malgré l’ampleur de la tâche, il y a toujours une raison plus forte : l’amour.

A la fin de 1984. après avoir prêché un mois consécutif au Québec, je suis allé en France. De là en Hollande, où j’ai pu annoncer la Bonne Nouvelle à Eindhoven et Rotterdam. Mis à part le travail très intense, il y avait en plus le poids de la traduction simultanée. J’étais si fatigué et j’avais si froid que je me mis à penser à ma petite maison de La Romana, et au climat chaud et agréable des Caraïbes; cette tranquille paroisse au bord de la mer, ma communauté, etc. Mais au cours de mon oraison matinale, le Seigneur me donna une lecture de la petite Thérèse qui disait: “Si un jour l’amour vient à manquer, alors les apôtres ne prècheront plus l’Evangile”. Je compris et dis: “Emiliano, ne te plains pas qu’il y ait encore beaucoup à faire...” Après une campagne d’Evangélisation au Paraguay, nous achevions la dernière retraite par une messe de guérison dans le gymnase du grand séminaire. On a calculé qu’il devait y avoir plus de vingt mille personnes.

Toute l’Eucharistie fut retransmise par la télévision et beaucoup de gens purent voir les guérisons qu’accomplissait le Seigneur et entendre les témoignages vivants de guérison, comme celui du docteur Galeano Duarte, de Caacupé: “Au cours de la messe de jeudi dernier, j’ai montré à la foule mes béquilles dont je n’avais plus besoin puisque je pouvais marcher sans elles... Avant quand les gens s’approchaient de moi pour prier pour ma guérison, je leur disais qu’il fallait attendre, que Dieu a son heure pour chacun. Mais le jeudi, ce fut mon heure, et Il me guérit. Et je me suis retrouvé marchant dans les rues d’Assomption. Je sens que mes jambes ne cessent de se fortifier. Je suis très heureux de pouvoir marcher. Selon le diagnostic des médecins, je devais passer le reste de ma vie avec mes béquilles. Je ne pouvais faire un pas sans elles, et maintenant je suis guéri. Pour cela: Gloire а Dieu !“

Le lendemain, je rentrais à Saint-Domingue, via Miami, avec mon compagnon d’évangélisation. A notre arrivée à l’avion, on nous reconnut et on nous offrit des sièges en première classe, alors que nos billets étaient pour la classe touriste. Nous avons bien sûr accepté, reconnaissants devant tant de gentillesse. Après le décollage de l’avion, le co-pilote vint me voir, me demandant s’il pouvait me parler et si j’accepterais de prier pour lui. Je le fis, plus rapidement que d’habitude, parce qu’il fallait qu’il aille à son poste et je voulais aussi me reposer un peu... Quand j’eus terminé, le responsable de la cabine me dit: “Père, j’ai entendu hier les témoignages de guérison à la télévision. Pourriez-vous prier pour moi ?“ Je pensai alors: “Je vais faire une autre retraite ici”. Nous avons parlé et prié ensemble. Quand il se leva, il me dit: “Père, les hôtesses meurent d’envie de parler avec vous”. Je répondis : “Qu’elles viennent”. Il ajouta: “Le problème est qu’elles ne peuvent venir s’asseoir ici, en première classe...”. “Bien”, lui demandai-je, “où puis-je parler avec elles ?“. “Si vous êtes d’accord, père” me dit-il, “vous pourriez venir dans la cuisine de l’avion..

Je me levai donc, laissant mon confortable siège de première classe, pour aller dans la cuisine de l’avion. On ferma le rideau et m’offrit un tabouret si haut que mes pieds pendaient. Le siège était en fer et j’y tenais à peine. La première me dit : “Hier soir, j’ai participé à votre messe et j’avais très envie de vous parler...” La seconde me raconta qu’elle avait suivi la messe à la télévision et qu’elle avait le désir de recevoir une direction spirituelle. Elles vinrent ainsi toutes à tour de rôle, se remplaçant dans leur travail pour que je puisse prier pour chacune d’elles. Je n’arrivais pas à m’habituer à mon tabouret où je passai plus d’une heure, tout en riant d’être tombé dans le piège en acceptant mon fauteuil de première classe. En retournant à mon siège, je dis à mon compagnon “Rendons grâce à Dieu que le pilote ne soit pas venu demander un entretien !“ Quand notre passion, c’est Jésus, on peut toujours évangéliser, en toutes circonstances. Parfois, il ne nous reste pas de temps pour nous reposer, mais si notre repos c’est Jésus, alors on voit tout différemment.

 

 

2 - Nouvelle dans sa méthode: Kérygme et Catéchèse

La méthode est le chemin pédagogique pour annoncer l’Evangile. La Bonne Nouvelle a un système organisé avec des étapes bien définies et claires. Dans le processus intégral d’évangélisation, nous pouvons et nous devons distinguer clairement deux moments successifs qui, bien qu’interdépendants, sont différents: Le kérygme, qui est l’annonce de la personne de Jésus. La catéchèse, qui est la transmission du dépôt de la foi. Si nous prenons comme point de départ les six discours kérygmatiques des Actes des Apôtres (Ac 2, 14-39 ; 3, 12-26 ; 4, 9-12 et 20; 5, 29-32; 10, 34-43; 13, 16-41), nous nous rendrons compte que le contenu du kérygme est différent de celui de la catéchèse. Le kérygme ou Première Annonce, base de notre foi, est centré sur la proclamation de Jésus, avec les trois événements les plus importants: sa mort, sa résurrection et sa glorification, avec ses trois plus grands titres : Sauveur, Seigneur et Messie. Il ne s’agit donc pas d’une doctrine qu’on doit comprendre par l’intelligence, mais d’une personne qui doit être acceptée librement par la foi.

Dans le kérygme, on ne parle pas de quelque chose, mais de Quelqu’un. La base inchangeable du christianisme c’est le Christ Jésus. Sans cette base, tout ce qu’on construirait au-dessus (que ce soit la catéchèse, la morale ou la théologie) serait comme construit sur du sable. Une des premières définitions du christianisme ne fut ni la philosophie, ni la doctrine, ni l’enseignement, mais “la vie” (cf. Ac 5, 20). Le kérygme nous conduit à une rencontre personnelle avec le Christ ressuscité et à une expérience de son salut, qui fait de nous des créatures nouvelles par la foi et la conversion. Notre grande erreur de méthode dans la pastorale d’évangélisation, est d’insister sur l’enseignement et la catéchèse de personnes qui ne sont pas encore nées de nouveau. Au cours d’une tournée de prédication en Egypte, nous avons visité les imposantes Pyramides. On nous raconta que pour le voyage dans l’au-delà du défunt, on lui laissait des plats de mets exquis. Malheureusement, ces aliments si riches se perdaient, puisque le mort ne pouvait jamais y goûter. C’est ce qui se passe lorsque nous donnons le riche aliment de la doctrine, de la morale ou de l’orthodoxie à ceux qui sont encore morts, parce qu’ils n’ont pas fait l’expérience de la Vie en abondance que Christ est venu apporter sur la terre. C’est pour cela que, quand Jésus arriva à la maison de Jaïre, où sa fille de douze ans venait de mourir, la première chose qu’Il fit fut de la ressusciter et c’est après qu’Il a demandé qu’on lui serve à manger. Certains pensent que c’est en mangeant que les morts ressuscitent, mais ce n’est pas le cas. Bien souvent notre structure doctrinale est parfaite, mais elle suppose quelque chose qui n’existe pas encore.

Il y avait un prêtre très actif et dynamique qui aimait bien organiser la liturgie avec beaucoup de soin. Mais comme il voulait tout faire lui-même, il en oubliait toujours un aspect. Un jour, il organisa une procession du Saint-Sacrement. Il avait fait attention à tous les détails : la chorale, les enfants de choeur, les chants, les bougies, l’encens, l’ordre, etc. La cérémonie commença à l’heure. L’orgue jouait, les gens chantaient et tous marchaient en ordre, tandis que la douce odeur de l’encens donnait une touche de solennité et de recueillement. Vêtu de son manteau et couvert par le palium soutenu par quatre acolytes bien habillés, le prêtre élevait respectueusement la custode vers le ciel.

La procession était sur le point de s’achever lorsqu’un acolyte s’approcha du prêtre pour lui parler. Celui-ci résistait parce que cela sortait de son schéma et de son organisation. Cependant, devant l’insistance de l’acolyte, il lui demanda ce qui se passait. “Père”, lui dit l’enfant de choeur, “vous avez oublié de mettre l’Hostie dans la custode...” Le prêtre abaissa alors la custode pour vérifier et se rendit compte qu’il l’avait vraiment oubliée. Il ne put se retenir et s’exclama à voix haute: “J’oublie toujours un petit détail !“ Parfois, nous avons tout bien organisé. Nos schémas pastoraux sont fabuleux, nos plans sont bien faits. Tout est parfait... mais on oublie “le petit détail...”

En 1985, nous abordions ce thème avec un groupe de missionnaires du Japon. L’un d’eux commenta: “Ceci est le point central pour évangéliser ces pays. Si nous ne leur présentons pas avant tout le kérygme, nous sommes condamnés à travailler pour un fruit minimum”. Alors l’évêque émérite de Fukuoka reconnut : “Nous avons construit très attentivement nos structures, mais parfois on a oublié de présenter Jésus”. La catéchèse, pour porter un fruit abondant, doit être à sa place : toujours après l’annonce kérygmatique. Pour que la vie grandisse, il faut d’abord qu’il y ait eu naissance. On naît à la Vie Nouvelle par la réponse de foi et la conversion au message de salut. La catéchèse ne comprend ni encore moins ne supplante le kérygme. Elle le suppose. Faire une catéchèse sans avoir auparavant transmis le kérygme, c’est oublier “le petit détail”. L’information de la catéchèse ne suffit pas, il faut que l’Esprit Saint façonne l’image du Christ en nous.

Malheureusement, dans la formation d’un chrétien, on oublie parfois “le petit détail” qui est devenu la pierre angulaire de la vie chrétienne. Dans l’Eglise Catholique, nous avons la richesse du dépôt de la foi, l’enseignement des apôtres, le magistère de l’Eglise, la vie sacramentelle, etc., mais tout ceci a une base : la personne de Jésus qui est mort et ressuscité. C’est la pierre angulaire sur laquelle s’édifie toute l’oeuvre. Si nous ne construisons pas sur ce roc inébranlable, la moindre tempête ou une bourrasque de vent mettra l’édifice par terre et sa ruine sera grande.

 

3 - Nouvelle dans son expression

Pour comprendre cela, nous devons garder les yeux fixés sur Jésus, le premier et le plus grand des évangélisateurs, pour nous rendre compte comment Il transmettait lui-même la Bonne Nouvelle du salut. Jésus présentait l’Evangile d’une manière très simple. Saint Matthieu résume merveilleusement l’activité de Jésus-Christ dans un texte très beau: Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple (Mt 4, 23 et 9, 35). L’évangélisation de Jésus comprenait deux aspects fondamentaux : l’annonce de la Parole et la guérison des malades.

 

L’annonce de la Parole

Aujourd’hui, certains pensent que le témoignage de vie suffit et qu’il n’est pas nécessaire de proclamer la Parole. Cependant, il n’a pas existé de témoignage de vie plus authentique que celui de Jésus, et lui annonçait la Parole par tous les moyens, parcourant les villes et les villages. Evangelii Nuntiandi dans son paragraphe 22 affirme que bien que le témoignage de vie soit la première façon de proclamer la Bonne Nouvelle, cela ne suffit pas et doit être accompagné de la Parole de vie. Il n’y a pas de véritable évangélisation si on n’annonce pas le Nom, la doctrine, la vie, les promesses, le Royaume et le mystère de Jésus, Fils de Dieu. Le message est la personne de Jésus.

 

La guérison des malades

Jésus réalisait des signes et des prodiges qui rassemblaient les foules, et à ces foules, Il enseignait la Parole de salut. Il y a des gens qui soutiennent que le plus important est de proclamer la Parole et que les signes miraculeux ne sont pas nécessaires. Cependant, de nombreux lieux de prière sont vides parce qu’il ne suffit pas d’entendre la Parole; les gens veulent en constater l’efficacité. Il faut qu’il y ait des manifestations où se révèle le triomphe de Jésus-Christ sur le péché, la maladie et la mort. Quand nous annonçons la Parole avec des signes, les foules se rassemblent, non seulement pour entendre, mais pour voir que la Parole de Jésus s’accomplit. Elles sont alors plus disposées à répondre au message de salut par un acte d’adhésion à la personne de Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur. Quand nous prêchons de cette façon, nous voyons des choses comme celles relatées dans El Diario d’Assomption au Paraguay, le 22 avril 1985, dans l’article intitulé: “La foi convoque plus de quarante mille fidèles”. C’est avec une puissance de convocation insolite, étant donné qu’il n’y a eu aucune publicité pour la venue de ce prêtre charismatique canadien dans notre pays, que plus de quarante mille personnes se sont réunies dans le stade du Club Cerro Porteno

La campagne d’évangélisation du Renouveau Charismatique à travers la prédication du père Tardif, a produit un grand spectacle de foi en Jésus-Christ. Le lieu, trop petit, ne put contenir la grande foule qui voulait participer à la cérémonie; beaucoup de gens ont dû rester dehors. Des milliers de personnes ont suivi la célébration sur leur poste de télévision. On peut dire en toute honnêteté que le Canal 13 a battu le record de ce que l’on appelle le taux d’écoute, selon les commentaires faits dans la soirée. Actuellement l’Eglise Catholique exerce une grande attraction sur tous les fidèles, puisque sans aucune campagne de publicité, le pays entier a profité du message et des prières du prêtre. Il faut signaler en outre la place que tient dans l’actualité le Mouvement du Renouveau Charismatique Catholique dans le pays et dans le monde. En silence, il ne cesse d’étendre son influence de manière surprenante. Ce mouvement, au sein de l’Eglise, se charge de revivifier la puissance de la foi dans le monde chrétien.

Les signes accompagnent la proclamation du kérygme, mais nous n’avons jamais vu de signes accompagnant les thèses théologiques, bien qu’elles soutiennent les mêmes arguments. Maintenant que nous revenons à la prédication du kérygme, nous voyons ces signes qui rassemblent tant de gens que cela pose des problèmes qui devront bien être résolus. Quand la Parole est accompagnée de signes, le problème n’est pas de savoir comment faire pour que les gens viennent, mais bien plutôt comment faire avec tous ceux qui viennent. N’est-il pas curieux, ce télégramme qu’on m’a envoyé le 4 mai 1986 d’Elizabeth dans le New Jersey, USA, qui disait ceci: “Merci de ne pas venir prêcher pour le rassemblement du 13 au 18 mai 1986. Nous ne pouvons trouver de lieu suffisamment grand pour contenir tous les gens qui veulent écouter la Parole du Seigneur. Sincèrement,”

Père Roberto Trabold

Les guérisons et les miracles ne sont pas des appendices secondaires de l’évangélisation, car c’est à travers eux que se révèle l’efficacité de la Parole proclamée. Dans le temps, on disait que les miracles servaient à prouver la véracité de la doctrine. Ils ont cependant une fonction encore plus importante: ils montrent que le Dieu que nous prêchons agit véritablement. C’est le salut en acte. Ainsi donc, les signes miraculeux et les guérisons nous offrent une occasion merveilleuse de manifester l’action de Dieu, et pas seulement de parler d’un Dieu que personne ne peut voir et qu’on ne peut voir agir.

Au cours d’un congrès oecuménique, un Evêque du Pakistan nous disait très convaincu: Cela fait plus de vingt-cinq ans que je travaille au Pakistan. Je puis dire que je suis la personne qui a converti le plus de musulmans : environ mille dans tout mon ministère. A la fin de ma carrière, je me rends compte que si nous ne prêchons pas aux musulmans l’Evangile avec les signes et les prodiges qui montrent que notre religion n’est pas une idéologie, mais une réalité, nous perdons notre temps à exercer notre ministère au milieu d’eux, car ils sont d’une culture antichrétienne, mais non 1’antichrist.

De son côté, un délégué d’Irlande ajouta: Avant, l’homme levait le regard vers le ciel devant tout problème et toute difficulté. Face à une épidémie, on faisait une croisade de prière. S’il ne pleuvait pas, les gens organisaient des journées d’intercession pour supplier Dieu d’envoyer de l’eau. Aujourd’hui, les vaccins n’ont pas fait oublier Dieu. Mais le pire est qu’on s’est séparé de Lui dans d’autres sphères plus transcendantes. Parfois on veut construire le Royaume avec de simples techniques et de l’organisation. Mais s’il est certain que les musulmans ont besoin de ce genre de signes, j’ose affirmer que pour le monde occidental et développé, ils sont encore plus nécessaires. L’homme vit aux dépens de ses propres forces et doit expérimenter qu’il existe la puissance d’En-Haut : la force de l’Esprit Saint. Personnellement, je crois que la nouvelle expression pour prêcher l’Evangile doit être que la Parole soit accompagnée des signes de puissance. Ainsi prêchait Paul (cf. 1 Th 1, 5). Les miracles eux-mêmes authentifiaient son ministère apostolique (cf. 2 Co 12. 12). Comme s’il ne pouvait y avoir de véritable apôtre, complet, sans ces signes.

Je crois que Jésus n’a pas changé de pastorale et que c’est pour cela que de nos jours Il continue à se manifester avec puissance face à l’homme contemporain. Jésus n’a pas changé de méthode pastorale, puisque celle qu’Il a est efficace. Il n’a pas besoin de congrès de Pastorale ou de semaines de “mise à jour” ou de “recyclage” parce que sa méthode marche encore et qu’il n’y a rien de mieux qui pourrait la supplanter. Il continue à guérir, Il convoque les foules, la Parole est annoncée et ceux qui s’ouvrent à la foi se convertissent.

Le 23 décembre 1987, le père Paul Pegeaud de Issia en Côte d’Ivoire m’écrit et me dit: La tournée d’évangélisation a laissé une profonde trace dans la paroisse. Je me repens de n’y avoir pas invité plus de païens, puisque chaque païen guéri est devenu catéchumène. Il y a eu des guérisons spectaculaires comme celle d’un enfant bossu de quatre ans. Il était dans les bras de son papa, qui est médecin. Quand a commencé la prière pour les malades, il s’est mis à transpirer abondamment. Il est tombé par terre et s’agitait comme s’il s’était trouvé dans une marmite d’eau bouillante. Puis il sentit que quelque chose le tirait de la tête et par les mains et il se leva tout seul. Alors il dit à son papa: “Papa, on peut dire que tu es un bon médecin”. Son père lui répondit tout ému :“Mais ce n’est pas moi qui t’ai guéri. C’est Jésus de Nazareth...” Quand il rentra chez lui, le papa essaya de prendre un peu de liqueur car il aimait beaucoup cela, mais sa bouche la rejeta et il fut ainsi libéré de l’alcoolisme. Nous avons d’autres cas très beaux de réconciliation familiale et de pardon. Nous avions prêché bien souvent que Jésus est ressuscité et donne la vie, mais nous avons maintenant de nombreux témoins qui le confirment.

Nous avions lu et prêché bien souvent les guérisons dont parle l’Evangile, mais maintenant, ils les ont vues de leurs propres yeux. L’Evangile a retrouvé une nouvelle valeur pour les chrétiens et ne cesse d’étonner les païens. Il y a ceux qui critiquent les exagérations du ministère de guérison. Je le fais de même, parce qu’elles existent parfois. Mais ceux qui signalent les extrêmes devraient aussi parler de ceux qui exagèrent par défaut, c’est-à-dire ceux qui ne prennent jamais en compte cet aspect évangélique. Pour moi cette dernière exagération est plus dangereuse, car elle nous conduit à oublier que la puissance de Dieu manifeste le salut à l’homme d’aujourd’hui.

Parfois, si on est myope, on pense que la guérison est tout et on ne découvre pas sa valeur. On ne perçoit pas la portée d’un tel signe: la guérison suscite une réaction en chaîne dans les différents domaines de la vie de la personne et de ceux qui l’entourent, comme on le voit dans le cas qui suit: A Santiago de los Caballeros, en République Dominicaine, à l’automne 1987 est intervenue une guérison très grande. Oscar Lama avait eu un accident de voiture, suite auquel il était resté dans le coma pendant deux mois. On le transféra dans un hôpital connu à Pittsburg aux Etats-Unis, où il passa plusieurs semaines. Là, quand on constata qu’il n’y avait plus rien à faire on lui avait ôté une partie de l’encéphale - on le renvoya chez lui. S’il arrivait à sortir de son coma, il mènerait une vie végétative, sans aucune caractéristique humaine. Au cours d’une Messe de guérison à la Cathédrale de Valverde, son papa nous demanda de venir chez lui prier pour son fils. Nous y sommes allés, le curé de la Cathédrale et moi. Nous avons prié le Seigneur de le guérir et cela pendant environ cinq à huit minutes.

C’était impressionnant de voir cet être humain totalement immobile, qui ne réagissait à aucun stimulant ni n’avait le moindre mouvement propre. Le lendemain, dans la matinée, Oscar appela ses parents. Ce fut pour eux une grande émotion de l’entendre parler. Dans la semaine, il regardait les programmes sportifs à la télévision et se rappelait le nom de tous les joueurs réputés qu’il connaissait. La mémoire lui revint ainsi que les autres facultés mentales. Plus tard, il se leva et grâce à une intense thérapie et de l’exercice, il se remit à marcher. Aujourd’hui Oscar Lama a un travail professionnel tout а fait normal. Cette guérison a été pour la famille entière un appel à la foi ; y compris un de ses meilleurs amis qui le visitait régulièrement, vint se confesser auprès de moi. Quand Oscar revint à l’église, son ami fit sa première communion à côté de lui. Toute la famille fut touchée spirituellement à travers cette guérison. Il s’était passé la même chose qu’aux Noces de Cana où saint Jean dit : Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui (Jn 2, 11). Ce signe réveilla la foi chez ceux qui l’entouraient. La guérison était devenue instrument d’évangélisation.

 

4 - Nouvelles façons d’évangéliser

Nous devons rechercher de nouvelles façons de prêcher l’Evangile. Ce que nous avons fait jusqu’à aujourd’hui ne suffit pas. Il faut prêcher dans les stades, employer des moyens encore peu utilisés par les catholiques, comme la radio et la presse. L’imagination doit nous conduire à chercher de nouvelles expressions de l’Evangile à travers la musique, l’art, la culture. Nous ne pouvons plus attendre que les gens viennent à l’Eglise. Il nous faut sortir. Jésus a dit: “Allez et proclamez”. Il n’a pas dit: “Attendez que les autres viennent à vous”. Les stades, les places, les centres commerciaux et toute réunion sociale peuvent être des centres d’évangélisation. Notre communauté “les Serviteurs du Christ vivant” évangélise par la télévision. Bien que ce soit un ministère très coûteux et que nous n’ayons pas les moyens nécessaires, nous faisons des pas dans la foi.

De la même façon que Moïse n’a pas attendu d’avoir l’or suffisant pour acheter les aliments nécessaires pour sa traversée dans le désert, mais fit un pas dans la foi, ainsi nous sommes-nous lancés. De l’or et de l’argent, nous n’en avons pas, mais ce que nous avons, nous le donnons : Jésus, avec l’avantage qu’Il est le seul dont les gens aient besoin. Nous pouvons compter sur le meilleur artiste du monde : celui qui a fait de sa vie et de sa mort une oeuvre d’art. Cela nous suffit. Si nous mettons le peu que nous avons, croyez-vous que le Seigneur va nous faire défaut?

Notre programme a commencé sur une chaîne locale maintenant il est diffusé au plan national tous les jours. Nous avons même reçu des témoignages de toute sorte. Une femme se trouvait dans sa cuisine, chez elle, et elle regardait le programme d’évangélisation à la télévision. Au moment de la prière pour les malades, elle se mit à genoux et pria pour l’enfant qu’elle désirait avoir depuis dix ans qu’elle était mariée. A ce moment-là, elle sentit une émotion très forte et une chaleur qui l’envahissait. Le Seigneur la guérit du problème qui causait sa stérilité. Peu de temps après, le couple attendait un bébé qui naquit dans les meilleures conditions et qui fut baptisé du nom d’Emmanuel. Quand nous avons entendu parler de ce cas, nous les avons invités à la télévision. Pendant qu’elle donnait son témoignage, la caméra était fixée sur le visage du petit, dans les bras de son père. Ce fut vraiment un très beau témoignage.

Il faut se servir de tous les moyens pour évangéliser. J’ai entendu parler d’une personne à Santiago de los Caballeros qui a été guérie par le Seigneur en écoutant en cassette la prière pour les malades. A travers ce moyen, on peut toucher les personnes qui ne savent pas lire, ou celles qui simplement n’aiment pas. Le téléphone également est un moyen d’évangélisation. Nous avons à la Maison de l’Annonciation un service d’écoute téléphonique toute la journée pour recevoir les appels de personnes dans le besoin, certaines désespérées et même au bord du suicide. Par l’intermédiaire du téléphone nous les évangélisons et prions pour elles; nous avons des résultats merveilleux.

 

Voici une lettre que j ‘ai reçue:

21 février 1983

Révérend père,

Je ne sais comment remercier Dieu de la guérison de ma fille Maria Guadalupe. Au cours de l’année 1978, vous êtes venu à Guadalajara, pour une retraite de prêtres. Comme il m’était impossible de vous rencontrer, je m’étais enquis de votre logement et vous avais laissé un message, vous demandant de prier pour ma fille : elle avait une tumeur aux deux seins et les médecins avaient décidé d’en faire l’ablation. Elle avait commencé son traitement hormonal depuis à peine quatre jours quand j’appris que vous étiez ici et m’enhardis, comme la femme hémoroïsse, à vous demander, s’il vous restait un peu de temps, de nous rencontrer et de prier pour ma fille. Vous avez été si gentil de le faire. Quand ma fille parla avec vous, elle pleurait de joie. Il ne s’écoula pas une semaine avant que nous nous rendions compte qu’elle n’avait plus aucune tumeur. Cela fait cinq ans depuis, et elle n’a jamais plus eu aucun problème. Dès le début, nous avons rendu grâce à Dieu pour vous. Que Dieu vous bénisse pour cette grande aide que vous nous avez apportée, sans vous soucier de la fatigue que vous alliez sûrement ressentir avec tout ce travail. Dieu est si grand qu’Il a profité de cet appel pour nous remplir tous de joie.

Ma Dolores S. de Reyes

Le témoignage suivant vient d’une femme qui me téléphona un jour depuis l’Espagne en République Dominicaine: Au début de l’année 1982, après vous avoir cherché dans tous les coins, j’ai réussi à vous joindre au téléphone. Après quelques instants d’attente, vous m’avez répondu de l’autre côté de l’Atlantique. Je vous ai présenté ma peine de la maladie de mon mari et vous ne m’avez pas dit que vous alliez prier pour lui, vous avez tout de suite fait au téléphone une petite prière pour lui. Je viens vous dire que mon mari est maintenant parfaitement guéri de son mal, et je me rends compte qu’avec le Seigneur, les distances ne comptent pas.

Le Seigneur s’est aussi manifesté à travers des lettres. Comme je reçois beaucoup de courrier demandant la prière et que je n’ai pas le temps de tout lire, une religieuse se charge de répondre, assurant que le prochain premier vendredi, j’offrirai l’Eucharistie pour ceux qui ont demandé la prière. C’est ainsi qu’il y a quelques mois j’ai reçu une lettre du Brésil dans laquelle une femme me disait: Cher père Emiliano, Cela fait quelque temps, je vous avais écrit pour vous raconter ma peine et ma souffrance. J’ai eu la grande joie de recevoir votre lettre, dans laquelle vous me promettiez votre prière au cours de l’Eucharistie du premier vendredi. Père, je veux vous dire que c’est précisément ce jour-là que j ‘ai été guérie de mes maux. Que Dieu vous bénisse dans votre ministère. Je n’avais pas pu lire cette lettre, mais le Seigneur, lui, l’avait lue et s’était occupé de cette femme. La nouvelle expression, ce ne sont pas les méthodes ni les instruments que nous utilisons dans l’évangélisation, mais de compter sur la puissance de l’Esprit Saint et de nous servir de tout instrument а notre portée pour annoncer la Bonne Nouvelle.

 

5 - La Nouvelle Evangélisation est intégrale

Tout l’Evangile pour tout l’homme et pour tous les hommes. Tout l’Evangile

L’Evangile c’est Jésus. Il n’y en a pas d’autre. Mais nous ne devons pas oublier le mystère de son Corps. Jésus forme un corps avec son Eglise ; c’est pour cela qu’on ne peut évangéliser intégralement si nous réduisons l’Evangile à la seule présentation de la personne de Jésus et que nous oublions son corps qui est l’Eglise. Il a étendu sa mission aux siens : “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie” (Jn 20, 21). Depuis lors, le salut de Jésus se fait présent et effectif à travers le ministère de l’Eglise. C’est pour cela que, séparer le corps de la tête, c’est trahir l’Evangile. Omettre l’aspect ecclésial serait séparer le couple Christ-Eglise.

Quand un scribe interrogea Jésus sur le premier commandement, il lui répondit : “Le premier commandement, c’ est d’aimer Dieu, mais le second, c’est d’aimer son prochain”. Les deux sont inséparables. Dès lors, la relation avec Dieu implique une relation avec les autres membres du Corps. D’un autre côté, l’Evangile complet inclut aussi les signes de puissance qui montrent que le Royaume est au milieu de nous. Nous ne pouvons omettre les charismes sous peine de mutiler l ‘Evangile. Un jour, un Evêque m’invita à prêcher une retraite sacerdotale au Canada, mais à la condition qu’on ne prierait pas pour la guérison physique et qu’on n’aborderait pas le thème des charismes, particulièrement, la guérison. Je lui suggérai d’inviter un autre prédicateur qui ne parlerait pas du ministère de guérison, car je ne pouvais pas ne pas parler de ce que j ‘avais vu et entendu. Alors l’Evêque me répondit : “Venez et prêchez-nous l’Evangile complet”.

Dans ma première causerie, je pris le texte où saint Matthieu résume la pédagogie évangélisatrice de Jésus Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple (Mt 4, 23). J’ajoutai ensuite: “Jésus n’a pas changé de méthode. Nous ne pouvons inventer une méthode meilleure que la sienne. Supprimer un élément de l’Evangile, c’est croire que nos méthodes sont meilleures que celles de Jésus. Supprimer les guérisons est une trahison de l’Evangile”.

 

Pour tout l’homme

L’Evangile ne doit pas seulement atteindre la transformation du coeur, mais également tout ce qui a trait à la personne humaine. L’homme est corps, âme et esprit; par conséquent, le salut doit s’étendre à l’être humain dans son entier. Jésus n’est pas venu sauver des âmes, mais des personnes qui sont corps et âme. Dans ma propre expérience, j’ai pu remarquer que Dieu emprunte deux chemins: - Celui du paralytique : d’abord Il lui pardonne ses péchés, puis Il guérit son corps (cf. Mc 2, 9-12). Celui de l’aveugle de naissance :Il commence par le guérir et ensuite Il le transforme intérieurement (Jn 9). Le plan de Dieu c’est de toucher l’homme tout entier. Par conséquent, l’évangélisation doit être salvifique dans tous les aspects de la vie humaine: atteindre tout l’homme: libération du péché, de l’ignorance et de la mort. Mais elle doit aussi satisfaire aux nécessités fondamentales de tout homme : nourriture, vêtement, santé, et logement digne comme fils de Dieu.

 

Pour tous les hommes

L’évangélisation qui est salvifique doit être également libératrice: atteindre toutes les structures humaines: La vie politique, économique et sociale.

Transformer les structures injustes et inhumaines.

Influencer les cultures, les imprégnant des critères et des valeurs de l’Evangile.

Dieu a voulu nous libérer et nous sauver non comme des individus isolés, sans aucun lien entre nous, mais Il a formé un peuple.

L’Evangile doit donc transformer les relations des individus et des peuples, instaurant la civilisation de l’amour: des cieux nouveaux et une terre nouvelle.

Le pouvoir de l’Evangile est à son maximum quand, ayant transformé les individus, ceux-ci sont capables “d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Evangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources d’inspiration et les modèles de vie de l’humanité. “.

Ce qui peut le mieux résumer ce que signifie cette Nouvelle Evangélisation intégrale est ceci: Il y a quelques années, je me suis trouvé dans le diocèse de Mgr Carlos Talavera, où je prêchais une retraite de fin de semaine. Il y avait là plus de vingt mille personnes désireuses d’entendre la Parole de salut et de voir son efficacité. Après que nous ayons prêché la Parole de vie et que le Seigneur ait guéri de nombreux malades, l’Evêque dit à cette immense foule: “Evangéliser, ce n’est pas seulement parler de Jésus-Christ, mais lui permettre d’agir pour qu’Il puisse répandre son salut dans ce monde. Evangéliser, c’est semer l’activité salvifique de Jésus. Cela ne suffit plus au monde que nous parlions de Jésus, il a besoin de le voir agir. Sinon, il ne croira plus en lui. Si d’un côté, le monde ne se satisfait pas de parole et veut des faits, de l’autre notre témoignage personnel ne suffit pas : le salut de Jésus-Christ doit se faire effectif dans tous les domaines de la vie humaine.

Nous sommes appelés à changer les centres d’intérêt, les modèles de vie et les valeurs qui déterminent la conduite des hommes. Alors oui, le monde peut se rendre compte que le Royaume est arrivé, et que Jésus est réellement le Messie qui est venu apporter un nouveau style de vie parmi les hommes, les groupes, les nations. Evangéliser c’est laisser semée l’activité salvifique de Jésus-Christ, pour qu’avec la force de la semence qui grandit toute seule soit fécondée la réalité humaine pour que s’accomplisse le dessein de Dieu dans ce monde.

Evangéliser, c’est sauver toux ceux qui se trouvent pris dans les griffes de Satan, que ce soit par l’ésotérisme et l’occultisme, ou par un contact de tout genre avec les guérisseurs et le spiritisme. Sans parler du culte satanique qui s’étend de plus en plus. Il est évident que la principale arme de l’ennemi, c’est le mensonge ; il nous trompe en nous faisant croire qu’il n’est que dans ce genre de choses. Mais il est également dans la consommation à outrance, la convoitise, l’injustice, la course à l’armement, la pornographie, l’avortement et toute forme de corruption et d’ambition démesurée.

L’ennemi a mille façons détournées de nous tromper: il y a aujourd’hui des systèmes qui sont sous le pouvoir de Satan. Le nazisme en fut. Mais certaines formes de capitalisme, de socialisme et de régimes totalitaires, comme la Sécurité Nationale portée à l’extrême où l’on viole les droits de la personne humaine, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu, sont également anti-évangéliques. L’Evangile n’est pas une évasion de la réalité, mais un ferment qui transforme notre vie économique, politique, sociale, commerciale et ecclésiale... Alors, oui, nous pourrons affirmer que le Royaume est arrivé et c’est ce qui détermine la vie de la société.

6 - La Nouvelle Evangélisation, oeuvre de l’Esprit Saint

L’évangélisation est une oeuvre éminemment divine puisqu’il s’agit d’instaurer le Royaume de Dieu dans ce monde, pendant que d’un autre côté la vie divine est engendrée dans le coeur des hommes. Et ceci n’est possible qu’avec le concours de l’action de l’Esprit Saint. Le rôle de l’Esprit Saint est indispensable, tant chez l’évangélisateur que chez l’évangélisé.

 

 

Chez l’évangélisateur

Il l’oint de sa puissance, pour que la Parole annoncée puisse atteindre les coeurs de ceux qui l’écoutent comme une Parole efficace, capable de convertir. Ce n’est ni notre réthorique, ni les dons oratoires, ni la facilité de parler, qui convainquent les personnes. L’Esprit Saint peut bien sûr se servir de tout cela, mais en définitive, l’agent principal de l’évangélisation, c’est lui. L’évangélisation sème la vie divine et c’est une action propre de l’Esprit Saint. Il a certainement besoin de notre collaboration, mais sans l’Esprit Saint notre effort et notre bonne volonté ne pourraient pas transformer le monde ni le coeur des personnes. Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs (Ps 127, 1).

Paul, Apollos ou tout autre évangélisateur ne sont que des instruments, mais le seul qui fasse croître la semence, c’est Dieu. Nous ne sommes pas capables de convertir qui que ce soit. Ceci, c’est l’oeuvre propre de l’Esprit Saint. Un jour, un prédicateur connu, très fougueux, prêchait une retraite de carême dans un temple débordant de monde. Il était très émotionné et faisait de grands gestes, usant de belles figures littéraires et citant des grands penseurs du christianisme. A la fin de sa prédication, il entra dans la sacristie, pour se reposer un peu. Il s’assit dans un fauteuil confortable et déboutonna son col romain. Comme s’il avait livré une grande bataille, il se relaxa et s’étira les jambes. Très vite, une vieille femme entra à l’improviste et lui dit: “Père, je suis prête à changer de vie. Je remets ma vie entre les mains du Seigneur Jésus”. Le prêtre, avec un air de satisfaction, constatant immédiatement les fruits de son éloquente prédication, lui demanda: “Et quelle est la phrase de mon sermon qui t’a convaincue de te convertir ?“ Elle lui répondit en toute franchise : “Non, père, ce n ‘est rien de ce que vous avez dit, mais quand au milieu de tant de chaleur, vous avez sorti votre mouchoir blanc, j’ai réfléchi et je me suis dit: Madeleine, et ton âme qui est si noire... Et quand vous vous êtes mouché, ça a fait un tel bruit dans le micro que ça m’a fait penser aux trompettes du jugement dernier et alors j ‘ai décidé de me confesser immédiatement...”

Parfois, le Seigneur se sert des “trompettes du jugement dernier” pour toucher un coeur. Ses chemins sont toujours originaux. Il se sert de toute circonstance et de tout détail.

 

Chez l’évangélisé

Le Seigneur frappe à la porte des coeurs et donne en même temps la grâce pour qu’ils puissent s’ouvrir : quand Paul prêchait à Philippes, il y avait une femme nommée Lydie qui écoutait avec grande attention. Mais saint Lue déclare que le Seigneur lui ouvrit le coeur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul (Ac 16, 14). Dieu donne la grâce pour répondre à son appel. La force du Renouveau Charismatique s’enracine dans l’expérience de la puissance de l’Esprit Saint. Nous savons que l’oeuvre de Dieu ne dépend pas de nos forces ni de nos capacités, mais qu’elle ne s’arrête pas non plus à nos limites ou nos défauts. Dieu est encore plus grand que toutes nos misères.

La Nouvelle Evangélisation est efficace quand elle est animée par le vent violent de la Pentecôte. C’est la pierre d’angle d’une évangélisation efficace. Le secret du succès de Pierre quand il convertit trois mille personnes en cette matinée glorieuse, réside dans le fait qu’il venait de descendre du Cénacle, comblé de la plénitude de l’Esprit Saint et de ses charismes. C’est pour cela que le Pape Paul VI affirme: “Les techniques d’évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l’action discrète de l’Esprit”’. Le kérygme ou évangélisation fondamentale culmine avec une expérience de la puissance de l’Esprit Saint. La nouvelle naissance est oeuvre de l’Esprit Saint. C’est pour cela que sans lui il ne peut y avoir d’évangélisation complète. Nous avons prétendu convaincre avec la vérité au lieu de laisser faire l’Esprit Saint. 1.Evangelii Nuntiandi, § 75.

 

7 - De nouveaux évangélisateurs pour une Nouvelle Evangélisation

Nous avons certainement besoin d’une Nouvelle Evangélisation dans la ligne indiquée précédemment. Mais il ne peut y avoir de Nouvelle Evangélisation sans nouveaux évangélisateurs qui transmettent ce qu’ils ont expérimenté. D. Dino disait à la messe de clôture du Rassemblement National du Renouveau Italien à Rimini, devant quarante mille personnes: “Allez et proclamez que Christ est vivant”. “Dans cette Eucharistie qui conclut notre Rassemblement, tandis que nous élevons notre hymne d’action de grâce vers le Père, pour tout ce que nous avons vu de nos propres yeux, pour ce que nous avons contemplé et pour ce que nos mains ont touché, il ne nous reste plus, comme aux apôtres, qu’à annoncer au monde avec force cette merveilleuse expérience, racontant ce que le Christ ressuscité a fait pour nous.

Depuis le jour où devant le sépulcre vide, Marie de Magdala pleurait parce qu’on lui avait enlevé son Jésus, a résonné le message de l’Ange : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici! Il est ressuscité! Comme les apôtres en premier puis tous les chrétiens, jusqu’à nous, nous devons accueillir ce message pour le vivre et ensuite le proclamer à tous : Christ est vivant aujourd’hui comme hier et pour toujours ! Celui qui était mort sur la croix a quitté le tombeau et est vivant. De l’obscurité de ce tombeau surgit une brillante lumière qui illumine tous les hommes pour donner naissance à une nouvelle création. Si Jésus ne se trouve pas dans le tombeau vide de Jérusalem, certainement, Il se trouve dans toutes les parties du monde. Jésus n’a pas invité ses apôtres à transmettre des théories ou des idées abstraites, mais à témoigner de ce qu’ils avaient vu et entendu. L’évangélisation doit partir de ceux qui ont eu une expérience personnelle avec Christ ressuscité.

Malheureusement, il semble que nous ayons toujours été plus préoccupés d’enseigner la doctrine que de communiquer la vie. Pour croître dans la vie de Dieu, il faut d’abord être empli de la puissance de l’Esprit Saint. Nous l’avons souligné fortement ces jours-ci. Un évangélisateur, avant tout, est un témoin qui a une expérience personnelle de la mort et de la résurrection du Christ Jésus, et transmet aux autres, plus qu’une doctrine, une personne vivante qui offre la vie en abondance. Ce n’est qu’après, et toujours après, qu’on doit faire une catéchèse et enseigner la morale. Parfois, nous faisons tous nos efforts pour que les gens observent les commandements. Nous ne devons pas oublier que la Loi a été donnée après la Théophanie du Sinaï. Par conséquent, personne ne peut être messager authentique de l’Evangile, s’il n’a pas fait lui-même l’expérience de la vie nouvelle donnée par Jésus-Christ. Quand nous devenons des témoins de ce que Jésus a fait, alors tout change. Notre annonce, notre évangélisation, est rapidement accompagnée des signes et des prodiges que le Seigneur a promis.

Une annonce, une prédication, ne doit pas être une façon de bien parler de Jésus, mais de collaborer et de le laisser se servir de nous comme instrument dans sa main pour qu’Il puisse agir avec la puissance de son Esprit; cela veut dire que nous devons annoncer à tous son amour miséricordieux, que nous devons faire savoir que Jésus aime chacun indistinctement, comme des témoins convaincus. Quelqu’un a dit ces temps-ci nous vivons de nouveau ce qui est arrivé il y a deux mille ans oui, les dons de l’Esprit ne sont pas de l’histoire ancienne. “Le monde d’aujourd’hui, las de suivre les maîtres, se laisse conduire par les témoins”, disait Paul VI. Témoins qui ont vécu l’expérience de la vie nouvelle apportée par Jésus-Christ, dans la rencontre personnelle avec le Ressuscité.

Chers frères, si nous voulons être de véritables évangélisateurs, il ne nous reste plus qu’à répéter avec les apôtres: “Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu” (Ac 4, 20). Ce que nous avons entendu et ce que nous avons vu nous provoque. L’évangélisateur, s’il n’est pas un témoin qui a eu sa rencontre personnelle avec Christ ressuscité, devient un propagandiste de théories abstraites. Il doit avoir expérimenté dans sa propre chair le salut, pour pouvoir assurer aux autres: “Ce qui m’est arrivé à moi peut t’arriver à toi aussi” Il est logique que la Nouvelle Evangélisation ne puisse s’accomplir sans un nouveau type d’évangélisateurs. Les disciples de Jésus étaient déjа partis évangéliser et cependant Jésus insista sur le fait qu’ils avaient besoin de quelque chose qu’ils n’avaient pas encore : “Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint et vous serez mes témoins... jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8). Nous avons nous aussi besoin d’être renouvelés par l’Esprit de Jésus.

Ce qui montre la différence entre un évangélisateur et un nouvel évangélisateur c’est la Pentecôte. Seul l’Esprit Saint fait de nous des témoins de la résurrection du Christ Jésus. Celui qui n’a pas eu son expérience personnelle de la Pentecôte ne peut évangéliser avec force, car personne ne peut toucher les coeurs si ce n’est l’Esprit Saint, qui nous fait proclamer que Jésus est Seigneur et Sauveur. Le nouvel évangélisateur ne se suffit pas de la science, ni du service, ni de la proclamation. Il y a quelque chose de plus profond que tout ceci. Trois personnes semblent exemplaires, cependant, il leur manquait “le petit dé tail”

 

Nicodème

Nicodème était un sage, maître en Israël, qui connaissait la Loi et que tous consultaient pour les questions les plus difficiles. Cependant, malgré sa science, ses titres et sa réputation, il lui manquait un petit détail fondamental : naître de nouveau. Il ne suffit pas de savoir les choses avec la tête. Il faut les connaître d’expérience. On peut être un expert des choses du Seigneur, avoir des titres en sciences religieuses et même être diplômé en théologie d’une Université réputée, cela ne suffit pas. Ce n’est pas mauvais, mais il peut arriver ce qui était arrivé au prêtre de la procession, qui avait tout organisé parfaitement, mais avait oublié le petit détail. Celui qui est né de nouveau communique la vie nouvelle; sinon, cela se réduit à la théorie ou à la pure doctrine désincarnée.

 

Samuel

Sa mère Anne le consacra au Seigneur à peine fut-il sevré. Le chant des Psaumes fut la première musique qu’il entendit et les cérémonies liturgiques furent le cadre de son enfance. C’est pour cela qu’il n’est pas étonnant de le trouver dès sa jeunesse dans le Temple, rendant des services aux côtés du Prêtre Eh. L’Ecriture affirme que Samuel servait le Seigneur dans le Sanctuaire (1 Sm 3, 1). Cependant il nous est dit, six versets plus loin, que Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur. C’est-à-dire, bien qu’il eût été consacré par sa mère, malgré toutes ces heures de service et de consécration aux choses du Seigneur, il ne connaissait même pas la personne qu’il servait. Malheureusement, nous pouvons être consacrés au service de la Maison du Seigneur, mais sans connaître le Seigneur. On peut travailler des heures dans la vigne du Seigneur, sans connaître le Vigneron, ni être amoureux de l’héritier. Nous pouvons être aux choses du Seigneur, sans toutefois être au Seigneur des choses. Mais dès que Samuel se mit à écouter, non seulement la Parole du Seigneur, mais le Seigneur qui lui parlait, il devint prophète.

C’est-à-dire que nous pouvons accomplir un service (y compris le ministère de la Parole) comme de simples salariés, des professionnels de l’office, mais quand nous avons eu une rencontre personnelle avec le Seigneur, alors nous devenons prophètes.

 

Cléophas

Jésus réussit à faire renaître les espérances de libération d’Israël. Comme fils légitime de David, il nourrit l’attente de la restauration du Royaume d’Israël. Cependant, tout s’évanouit en trois jours. Les grands prêtres et les scribes l’arrêtèrent à l’improviste, le condamnèrent et l’exécutèrent pour éviter le danger qui menaçait les structures existantes. Ainsi la fête de la Pâque se vit éclaboussée du sang d’un autre agneau innocent qui se répandit sur le mont du Calvaire. En tous ceux qui l’avaient suivi, l’appel de la restauration nationale s’éteignit rapidement. Il n’y avait plus rien à faire. Les uns se cachèrent, les autres se dispersèrent et nombreux furent ceux qui désertèrent, niant leur relation avec le crucifié. Ainsi mourait un autre de ces rêves de libération et de justice du peuple d’Israël. Le premier jour de la semaine, deux disciples sortirent de la ville fortifiée de David pour parcourir le chemin aride de la déception, pendant que le soleil agonisait, laissant le monde entier en deuil.

Ils conversaient entre eux, tristes et le visage sombre, de tout ce qui était arrivé à Jésus de Nazareth; ils se rappelaient ses miracles et ses guérisons :11 avait tout bien fait, sans blesser ni peiner quiconque. Ils admiraient sa grande puissance et reconnaissaient qu’il y avait une puissance de Dieu en lui... mais tout était bien fini et leur espérance avait complètement disparu. Rapidement et sur le même chemin, un pélerin se joignit aux deux disciples. Il avait un bâton de route à la main, des sandales de cuir et une tunique blanche légère. Il s’approcha et voyant l’angoisse des voyageurs, leur dit “De quoi parliez-vous ?“ Etonnés de tant d’ignorance, ils s’arrêtèrent, le visage sombre, parce qu’Il touchait une plaie qui n’avait pas encore cicatrisé. Alors ils lui dirent: “Es-tu le seul habitant de la ville à ne pas savoir ce qui y est arrivé ? Dans quel sépulcre étais-tu caché pendant trois jours, pour ne pas te rendre compte de la nouvelle qui a bouleversé les entrailles de la terre et obscurci la lumière du soleil? Tu ne sais rien de ce dont tout Jérusalem parle et que le monde commentera pendant de nombreuses années?

Le voyageur mystérieux, haussant les épaules, répondit avec un air étonné : “Quelles choses ?Cette question rafraîchit la mémoire de Cléophas, qui se mit immédiatement à lui raconter tout ce qu’il savait sur Jésus : les miracles, les guérisons et sa mission prophétique. D’un air triste, il ajouta : “Nous espérions, nous, que c’ était lui qui allait délivrer Israël, mais... nos autorités l’ont condamné à mort et l’ont pendu à la croix ; et cela fait déjà trois jours que ces choses sont arrivées... Cléophas avait entendu les cris de la foule qui demandait la condamnation du Roi des juifs. Il était présent à la procession vers le Calvaire et d’un endroit protégé, il avait été témoin de son dernier soupir. Il avait vu comment on avait roulé la pierre pour sceller le sépulcre. C’est pour cela qu’il parlait avec autorité de tous ces détails. Ensuite, sans conviction, et mal à l’aise, il ajouta“...il est arrivé que ce matin quelques femmes qui sont des nôtres se sont rendues au sépulcre et nous ont stupéfiés en nous disant qu’elles n’avaient pas trouvé son corps, mais qu’elles avaient eu la vision d’anges qui le disent vivant... Cependant, pour nous assurer de tout ceci, quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau la pierre était enlevée, mais ils n’ont pas vu les anges...” Cléophas avait parlé avec assurance de tout ce qui se rapportait à la vie et a la mort du Maître, mais quand il s’est agi de la résurrection, il se contenta de répéter ce que les femmes avaient dit que les anges avaient dit. Il n’avait pas l’expérience personnelle que Jésus était vivant, c ‘est pour cela qu’il lui fallait raconter ce que d’autres disaient que d’autres avaient dit.

Celui qui n’a pas eu l’expérience du Christ ressuscité devra toujours répéter ce que les autres ont dit ou ont écrit à ce sujet parce qu’il n’a rien à dire par lui-même. Si nous réalisons bien, le discours de Cléophas contient le même message que celui de Pierre le jour de la Pentecôte, mais avec les différences suivantes: - Pierre annonce une Bonne Nouvelle, alors que Cléophas ne fait que transmettre une nouvelle. Cléophas se réfère à la mort et à la résurrection d’un air triste. Son récit des événements est enveloppé de déception. Sa joie était restée enterrée dans la tombe du crucifié. Pierre transmet un témoignage de ce qu’il a lui-même expérimenté alors que Cléophas répète simplement de mémoire ce que d’autres lui ont rapporté que d’autres avaient dit. - La Pentecôte est le témoignage de l’Esprit. Sur le chemin d’Emmaüs, Cléophas ne fait que répéter le témoignage des femmes. Pierre est convaincu de ce dont il parle. Cléophas ne fait que répéter.

- Et tout cela par une grande différence de fond: Cléophas était le reporter de ce que ses correspondants lui avaient transmis à propos de la résurrection, alors que Pierre témoigne de ce que lui-même a expérimenté. Il convient donc que nous nous demandions Si nous sommes de simples reporters ou de véritables évangélisateurs. Un reporter informe mais ne convertit personne, alors qu’un témoignage a force de conviction. Cléophas proclame des nouvelles, mais pas l’Evangile. Il ne suffit pas de connaître techniquement les vérités et les faits qu’on proclame. Il faut en même temps être un témoin qui évangélise avec une joie contagieuse, une espérance ferme et une assurance personnelle. C’est pour cela que le résultat est évident : le discours d’un témoin, oint de la puissance de l’Esprit Saint, convertit trois mille âmes. Tandis qu’avec trois mille discours comme celui de Cléophas le reporter, on ne convertit personne. En résumé, il ne suffit pas d’être, ni des sages comme Nicodème, ni des ouvriers dans la vigne comme Samuel ou des prédicateurs comme Cléophas. Il faut faire une rencontre personnelle avec Jésus ressuscité. C’est le petit détail fondamental qui fait de nous de nouveaux évangélisateurs. La Nouvelle Evangélisation ne pourra être menée à bien que par des nouveaux évangélisateurs qui ont été renouvelés par l’Esprit de Dieu et oints par sa puissance, et qui sont témoins que Jésus est vivant.

 

 

8 - Nouvelle stratégie

La Nouvelle Evangélisation requiert une nouvelle stratégie. La seule façon de communiquer tout l’Evangile à tout l’homme et à tous les hommes, est que nous travaillions comme corps du Christ. L’unité de tous les membres du Corps du Christ est impérative pour pouvoir évangéliser efficacement. Au cours du dernier repas, Jésus a intercédé dans la prière sacerdotale: “Père, qu’ils soient un pour que le monde croie” (Jn 17, 21). A partir de ce texte, nous pouvons nous rendre compte que l’unité tourne directement au profit de l’évangélisation. Alors que si chacun travaille seul ou en marge des autres, il sera comme un membre détaché du corps, qui perd toute sa force et toute son efficacité.

L’unité des différents Mouvements de l’Eglise doit être un impératif au-delà du prestige ou de la reconnaissance de notre mouvement. Ce qui doit nous intéresser par-dessus tout est que l’Evangile atteigne tous les hommes et toutes les structures humaines. Si nous ne renonçons pas à notre particularisme, qui est une forme d’égoïsme, nous n’aurons aucune efficacité dans l’évangélisation. Saint Luc raconte un épisode qui illustre merveilleusement le fruit de l’unité (cf Lc 5, 1-7): Après que Simon Pierre eut passé toute la nuit à pêcher sans rien prendre et qu’il eut expérimenté le goût amer de l’échec, il se retira au bord de l’eau pour laver ses filets. Mais Jésus monta dans sa barque et la conduisit dans les eaux profondes. Nous devons aller bien plus profond que là où nous en sommes aujourd’hui arrivés. Alors que si nous n’allons pas en eaux profondes ou si, découragés nous lavons nos filets, nous ne réussirons jamais la pêche abondante dont nous avons besoin. Quand ils se trouvèrent au milieu de la mer de Tibériade, il leur ordonna de jeter leurs filets pour pêcher. Bien que cela paraisse incongru à Pierre, il s’exécuta sur la Parole du Seigneur.

Voici le secret de la Nouvelle Evangélisation : Si nous la faisons en notre nom ou au titre de tel groupe ou Mouvement, nous serons comme Pierre quand il pêcha toute une nuit sans rien prendre. Mais quand il le fit au Nom du Seigneur, la quantité de poissons fut si grande que son filet se rompait presque et il ne pouvait pas le remonter. L’enseignement suivant est de loin le plus riche : à persister à remonter le filet plein de poissons, celui-ci se serait rompu. S’ils y étaient arrivés, la barque aurait coulé sous le poids et ils auraient péri car ils étaient loin du bord. Ils firent alors des signes à leurs compagnons dans l’autre barque pour qu’ils viennent à leur aide. Quand ils arrivèrent, ils remontèrent ensemble le filet et remplirent les deux barques au point qu’elles enfonçaient. Seuls, nous ne pouvons remonter le filet, parce qu’il ne résiste pas. On le rompt et il est perdu. Si nous voulons charger tous les poissons dans notre barque, ils vont être si nombreux que le filet se rompra et on perdra les poissons.

La stratégie prudente fut de demander de l’aide à leurs associés. Quand ceux-ci arrivèrent, on put réaliser heureusement l’opération. L’enseignement est que, pour que nous ayons du succès dans l’évangélisation, nous devons nous aider les uns les autres. Sinon, la barque de Pierre resterait vide ou coulerait. Et ils remplirent tant les deux barques: il y a du poisson pour tous. Toutes les barques peuvent être remplies, mais toujours à la même condition : collaborer les uns avec les autres. Si Pierre avait voulu toute la pêche pour lui, il l’aurait complètement perdue, mais quand il décida de la partager avec ses collègues de l’autre barque, il put remplir la sienne. D’autre part, c’est quand ses compagnons qui étaient sur le bord sans avoir rien pris décidèrent d’aider de manière désintéressée ceux qui étaient entrain de pêcher, qu’ils virent leur barque se remplir également. Nous avons trop peu de temps pour évangéliser. Nous ne pouvons nous payer le luxe de le gaspiller avec des jalousies, des envies ni des critiques. Nous devons en profiter pour évangéliser, partageant nos butins, notre expérience et tout le bien que nous avons accumulé au long de notre carrière. Selon moi, le plus grand miracle n’est pas la quantité de poissons qu’ils ont obtenu, mais l’unité des pêcheurs. L’abondance de poissons n’était pas un miracle, mais la conséquence logique de l’unité des pêcheurs. Quand nous évangéliserons unis comme corps du Christ, nous serons surpris de la grande puissance que nous avons lorsque nous travaillons ensemble.

C’est pourquoi je n’appellerais pas ce passage: “la pêche miraculeuse”, mais bien plutôt Lorsque nous nous unissons pour évangéliser, le témoignage de l’amour que nous manifestons a un plus grand pouvoir que les paroles que nous prononçons. C’est pour cela que Jésus dit dans la prière sacerdotale : “Père, qu’ils soient un comme toi et moi sommes un, afin que le monde croie” (Jn 17, 21). C’est-à-dire que le témoignage de l’unité chrétienne est un signe qui montre que le Royaume est arrivé dans ce monde et rejaillit directement en faveur de l’évangélisation.

 

Conclusion

La Nouvelle Evangélisation est fruit de l’Esprit Nouveau promis par le prophète Ezéchiel : Je mettrai en vous un Esprit Nouveau...( Ez 36, 26). Seul l’Esprit Saint peut renouveler la face de la terre, renouvelant les coeurs de ceux qui croient en Jésus comme leur Sauveur. Lui seul nous fait proclamer que Jésus est le Seigneur. L’Esprit Saint qui a oint Jésus dans le Jourdain est le même qui fortifie les évangélisateurs pour annoncer la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts et ouvre les coeurs, les disposant à répondre à l’appel de la conversion. La Nouvelle Evangélisation est intégrale : tout l’Evangile pour tout l’homme et tous les hommes. L’Evangile qui change les coeurs transforme également les relations des hommes et instaure un nouveau style de vie, en accord avec les valeurs et les critères évangéliques. En un mot, il instaure la civilisation de l’amour, un royaume de justice, joie et paix dans l’Esprit.

La Nouvelle Evangélisation ne peut exister sans de nouveaux évangélisateurs qui ne soient pas des reporters qui répètent ce que les autres ont dit, mais des témoins aux yeux ouverts et au coeur palpitant qui ont expérimenté la Nouvelle Vie et ont touché le Verbe de Vie. Des évangélisateurs qui évangélisent avec l’ardeur de celui qui a vécu une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et qui ne peut pas ne pas parler de ce qu’il a vécu. Au cours du Congrès International du Renouveau célébré à Rome en 1975, il y eut une prophétie dans la Basilique Saint-Pierre dans laquelle Ralph Martin dit entre autres choses : “Vient une étape d’évangélisation comme on n’en a encore jamais vu dans mon Eglise”. Sept ans plus tard, le Pape commençait à parler de la Nouvelle Evangélisation. La Nouvelle Evangélisation ne sera-t-elle pas le chemin pour que s’accomplisse cette prophétie? D’autre part, naît au sein du Renouveau le projet “Evangélisation 2000” qui encourage les catholiques à être évangélisateurs et qui tente d’offrir à Jésus un grand cadeau pour son deux millième anniversaire un monde plus chrétien, sans guerres ni injustices, un monde où règnent la justice et la paix, la solidarité et l’amour. Nous approchons de l’an 2000. Beaucoup parleront de catastrophes, mais nous sommes, nous, les messagers de la Bonne Nouvelle que Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils unique, non pour le condamner, mais pour que le monde soit sauvé.

Nous sommes à la fin de ce second millénaire, et s’il est bien vrai qu’il existe de grands problèmes et que nous sommes en danger d’une catastrophe nucléaire, il n’est pas moins certain que Dieu aime ce monde, et qu’Il veut le sauver. Nous sommes à la veille d’un anniversaire cela va faire 2000 ans que Jésus est vivant et donne la vie à ceux qui croient en son nom. Et l’Evangile, au lieu de s’évanouir ou de s’affaiblir, retrouve un nouvel éclat. Il n’y a pas d’autre réponse pour l’homme d’aujourd’hui que le style de vie et les enseignements de Jésus de Nazareth. Nous approchons de l’an 2000, mais Jésus est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Nous n’avons pas besoin d’un nouvel Evangile, mais d’une Nouvelle Evangélisation. C’est l’heure d’évangéliser, et d’évangéliser unis.

Reproduit

Le 11 février 2001

Fête de Notre-Dame de Lourdes

Journée mondiale des malades

Par Yves Rancourt ptre

St-Georges

P.Q.Canada

 

Programmation: Patrick Allaire, ptre
Cartes de souhaits