Homélies de ses funérailles PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Yves Rancourt   
Samedi, 21 Février 2009 18:00

Homélie de funérailles

Homélie à la cérémonie de Santiago.

 

 

Ses funérailles, je le rappelle, ont été célébrées devant 40000 fidèles, des Dominicains, évidemment, mais aussi des gens qui se sont précipités des quatre coins du monde pour lui rendre hommage. Émilien est décédé le 8 juin et il n’a fallu que cinq jours pour organiser son service funèbre! Plusieurs célébrations ont eu lieu à Santo Domingo et à Santiago. Son corps a été placé dans une crypte au cimetière municipal de Santiago. Lors d’une cérémonie empreinte d’émotion, célébrée dans le stade Cibao de Santiago; le 13 juin, monseigneur, Juan Antonio Flores Satana, archevêque de Santiago, a prononcé l’homélie. Il faut noter que ce texte a, avant de paraître ici, a été traduit par un autre grand complice d' Émilien, le prêtre Pierre Rancourt. Laissons la parole à monseigneur Santana.

"Chers frères,

Nous saluons et accueillons avec affection toutes les personnes qui sont venues ici du Cibao, de notre pays et du monde. Nous sommes venus participer à ce moment intense de notre vie ecclésiale, et contempler le passage de notre cher père Émilien Tardif, avec Jésus-Christ glorieux à la maison du Père. C’est la nouveauté essentielle de la mort chrétienne."Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons." 2 Tim. 2, 11. C’est pour cela que sainte Thérèse de l’ Enfant Jésus en agonie s’exclamait avec joie: "Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ". Mardi matin dernier, le 8 juin, se répandait parmi nous et dans tout le monde la nouvelle consternante de la mort subite du père Émilien Tardif au moment où il se levait pour continuer à diriger la retraite de 300 prêtres à Cordoba, en Argentine. La nouvelle s’est répandue avec la vitesse de l’éclair grâce aux moyens actuels de communication sociale. Nous n’étions pas psychologiquement préparés à cette information brutale. Moi, comme tous, je suis resté surpris, mais je suis devenus serein ensuite en pensant au psaume: 116, 1.5: " Elle est précieuse aux yeux de Dieu la mort de ses saints."

Le père Émilien, un missionnaire du Sacré-Cœur canadien, dominicain avec les Dominicains, et ces derniers temps citoyen et prophète du monde entier. La vie, l’ oeuvre et les écrits du père Émilien sont connus de tous. Tous, nous les connaissons, et la presse et les autres moyens de communication en ont fait l’écho. C’est pourquoi on n’a pas besoin de les énumérer. Avant hier, je pensais et je demandais la lumière au Seigneur pour voir ce qu’il nous disait par cette mort lumineuse du père Émilien. Et il m’est venu ces deux idées que je voudrais partager avec vous. Premièrement, à quel degré d’amour et de sainteté peut arriver une personne quand, librement et totalement, elle ouvre son coeur à Jésus-Christ. Deuxièmement, comment Dieu, dans des époques où semblent dépérir dans le monde la foi et la pratique des bonnes moeurs, fait surgir de grands prophètes qui rayonnent l’amour, la lumière et la paix dans Église et la société, et qui aussi secouent les consciences, en invitant à changer de vie et à se laisser transformer par le même Jésus, le Seigneur.

Certainement, le père Émilien, pour qui le Seigneur a fait un véritable miracle lorsqu’il était en danger de mort en lui rendant la santé par la prière d’un groupe du renouveau charismatique au Canada, a fait un travail apostolique dans la ligne de ce mouvement, inspiré par Dieu dans le sein de l’Église. Il a travaillé avec une vision biblique et théologique et toujours dans l’obéissance au Magistère authentique de l’ Église, Il l’a fait aussi sans négliger la dimension humaine et sociale. Alors qu’il était supérieur provincial des Missionnaires du Sacré-cœur, ce fut le travail pour la justice sociale et pour les pauvres qui, bien qu’ Émilien était jeune, a détérioré sa santé et l’a conduit au bord de la mort. Lui-même nous dit dans son livre " Jésus est vivant ", qu’il avait consumé son temps et sa vie dans des activités matérielles, la construction d’églises, des séminaires, des centres de promotion humaine et de catéchèses, etc., et en cherchant de l’argent pour soutenir ces oeuvres. Depuis que nous sommes jeunes, nous nous connaissions très bien, et tous les deux, nous avions travaillé ici, à Santiago.

D’une part, j’ai toujours remarqué en lui "l’homme de Dieu" qui vivait à la perfection sa vie sacerdotale et religieuse. D’autre part, il avait de grands dons humains: l’intelligence, la mystique du travail. Il était entreprenant, il avait une grande capacité d’organisation et une grande ténacité pour réaliser ses projets évangéliques et humains. Avec la grâce de Dieu, la force de volonté, la sagesse, il pouvait vaincre les nombreuses difficultés qui se présentaient.

Le père Émilien, même après s’être mis à travailler davantage dans le renouveau chrétien dans l’Esprit , dans ce renouveau, il a eu une grande tâche au niveau mondial avec sa formation théologique et sa prudence. Il n’a jamais négligé dans sa vie et sa prédication "l’engagement temporel", surtout pour les pauvres. Nous avons un exemple récent et aveuglant de personnes qui ont porté le poids économique de la construction du Centre catholique charismatique de Las Caracas, en banlieue de cette ville, et qui deviendra un sanctuaire dédié à la sainte Trinité à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000 de notre Rédemption réalisée par le Fils de Dieu fait homme, Jésus Christ notre Sauveur et Seigneur. Ces personnes m’ont confié, qu’elles désirent terminer ce centre de retraite, d’évangélisation , de spiritualité et y consacrer leur vie aussi les revenus de leurs entreprises à la prévention et à l’éducation de milliers de jeunes nécessiteux de cette région.

Le père Émilien ne se trompe pas quand il insiste pour dire que le plus important, c’est que Dieu touche le cœur de l’être humain avec sa lumière et sa grâce, qu’il lui découvre le monde nouveau des merveilles et des dons messianiques, pour l’amener à changer de vie, le transformer et faire de lui "un homme nouveau" selon le Christ, comme il fit avec Zachée, une fois que son cœur fut changé, lui-même, sans que le Christ l’avertisse expressément, se décida à rendre les biens mal acquis et à partager avec les gens dans le besoin les biens acquis honnêtement. Par contre, un homme renfermé en lui-même ne peut pas comprendre le bonheur profond que produisent dans le cœur l’amour, le service et le partage des biens. (Actes 20, 35). La lutte pour la justice est nécessaire, mais nous, les personnes de l’ Église, devons être conscients que c est très difficile d’amener une personne à abandonner ses idoles sans lui faire connaître, sentir aimer le Dieu vivant et vrai et ensuite l’ouvrir aux autres. Saint Pierre dit qu’il faut "abandonner notre manière de vivre et les idoles pour savourer comme est bon le Seigneur; et vice versa, il faut faire savourer comme est bon le Seigneur pour quitter notre manière de vivres les idoles." Nous connaissons tous tristement des prêtres qui ont échoué en caressant le noble idéal de la justice dans le monde, sans d’abord désarmer les coeurs avec la force que seul le Seigneur possède. (1 Pierre 2, 1-3)

Je vous invite à revenir aux deux idéaux dont je vous parlais au début. Le premier, une personne peut atteindre un haut degré d’amour et de sainteté quand, librement et totalement, elle se laisse posséder par Jésus-Christ. Le cas de saint Paul se répète dans toutes les époques et toutes les générations, car il y aura toujours des personnes qui se laisseront séduire pleinement par le Seigneur et qui se laisseront transformer par "la force d’en haut". (Actes 1, 8)Saint Paul semble délirer devant ceux qui, de façon totale ou partielle, ont un regard terrestre ou mondain, lorsqu’il se met à crier à tous vents: "Attention, disait-il en toutes circonstances, moi-même j’ai été touché, atteint, possédé par le Christ Jésus et je juge que tout est perte; plus je considère tout comme déchet devant la sublimité de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. Puissiez-vous sentir, vous aussi, ce que je vis." (Philippiens 3, 7-16)C’est exactement ce qu’a vécu le père Émilien Tardif . Il était un prêtre et un religieux magnifique, d’un zèle apostolique extraordinaire, mais il n’était pas encore parvenu à ce moment de plénitude de l’amour du Christ. Quand "il eut cette rencontre les yeux ouverts et le coeur palpitant avec le Christ vivant", alors il disait: "Jésus est entré dans mon coeur. "

Son père supérieur pensant que le père Émilien s’était épuisé par son travail pour l’ Église et les pauvres, voulut l’envoyer en Europe pour renouveler ses études théologiques, bibliques et sociales. Il voulait que cela lui serve de repos et de renouveau dans ses forces physiques et spirituelles. Mais le père Émilien répondit humblement que s’il était envoyé sous l’obéissance, il irait, mais qu’en conscience il sentait une grande poussée à partir dans le monde entier pour annoncer l’amour et les merveilles du Seigneur pour nous et pour renouveler au nom du Christ l’appel à la conversion afin que tous goûtent les biens du Royaume de Dieu. Dans un discernement silencieux et paisible le supérieur se rendit compte que cela était la volonté de Dieu et qu’il ne pouvait pas l’empêcher. Émilien racontait que, dans son enfance, il avait entendu un missionnaire dominicain parler avec ardeur de l’amour de Dieu et que son esprit avait été bouleversé.

Il se disait en lui-même: "Un jour, je serai comme ce missionnaire. " Tout ce que Jésus a fait avec le coeur de Paul. d’ Émilien et de tant d’autres peut se réaliser dans un degré plus ou moins grand en chacun de nous. Tout dépend de notre attitude, de notre réponse, de notre fidélité à continuer dans La rencontre intime avec le Seigneur de qui vient la lumière, la force et la grâce. "Sans moi, vous ne pouvez rien faire. " (Jean 15, 5) Et quand Jésus entre dans le coeur d’une personne, entre avec lui. Alors disparaissent Les croix et les difficultés réelles ou apparentes qui viennent, car comme le dit saint Augustin: " Où il y a l’amour, il n’y a pas de douleur", mais de la joie malgré les difficultés. La deuxième idée est comment le Seigneur dans toutes les époques de l’ Histoire, fait surgir de grands prophètes, de telle sorte que "son message parvienne à toute la Terre et jusqu’aux confins de la Terre sa parole. "(Psaume 19, 5) Le Seigneur a dit de Paul: "J’ai choisi cet homme pour qu’il porte mon nom aux païens, aux rois et aux fils d’ Israël." (Actes 9, 15). Et il a dit à Émilien: "Je ferai de toi un témoin de mon amour".

Seulement une personne possédée de l’ Esprit du Christ, comme le père Émilien, peut mener à bien tant d’oeuvres et évangéliser tant de peuples dans les cinq continents du monde. Il a dirigé des retraites pour des prêtres, des religieux, des laïcs; il a prêché des missions partout dans le monde. Il a commencé ses voyages apostoliques dans le monde en 1973 et il a évangélisé dans 71 pays. Il a visité plusieurs fois certains de ces pays. Il a trouvé du temps pour écrire des livres. Il a fondé les communautés des Serviteurs du Christ vivant , qui dirigent des maisons de prière et des écoles d’évangélisation en Espagne, en Italie, en Pologne et dans d’autres pays du monde. Il y en a six ici et quinze en dehors du pays pour un total de vingt-deux. Le but de ces communautés est la contemplation et, par ce moyen, d’en arriver à l’évangélisation et à la transformation des personnes en "hommes nouveaux" selon le Christ.

Nous considérons le père Émilien comme un des grands hommes de Église dans ces dernières décennies. Mais pourquoi parvient-il si haut et fait-il tant d'oeuvres aux dimensions universelles? Il n’aurait pas pu les faire s’il n’avait pas été, comme il le fut, "humble de coeur", se laissant guider docilement par l’ Esprit de Dieu et ne s’attribuant rien à lui-même, à l’image de la Vierge Marie, comme elle l’exprime dans le Magnificat. (Luc 1, 49-50) Non, il ne se vantait pas de ses grands succès. En voyageant de par le monde en proclamant Évangile, il se décrivait lui-même comme l’âne qui a porté Jésus de Bethphagé à Jérusalem. (Marc il, 1 - 10) Une personne m’a raconté que, la veille de l’inauguration de la Maison d’évangélisation de Santiago, il y avait encore beaucoup de choses à régler. Même s’il devait passer beaucoup de temps à préparer ses conférences, ses méditations et ses livres, de ses propres mains il aidait à nettoyer et à charger des objets. Il n’acceptait pas que les autres le fassent sans qu’il coopère avec eux. De plus, il avait une grande dévotion à Notre-Dame du Sacré-Coeur.

Cela démontre beaucoup d’humilité, car on expérimente l’impuissance humaine et le profond besoin de recourir à elle pour qu’elle nous obtienne les grâces d’accomplir nos devoirs et pour qu’elle nous conduise à son Fils et son Fils à Dieu le Père. Béni soit le père Émilien, qui a accompli avec fidélité sa mission dans ce monde. C’est normal qu’avec le départ du père Émilien à la maison du Père on sente un grand vide dans la congrégation des Missionnaires du Sacré-Coeur et dans toute Église. mais Dieu fera fleurir la congrégation; il fera surgir de nouveaux prophètes dans la congrégation et dans toute Église et il fera croître les oeuvres qu’il a fondées. Nous terminons avec les paroles que Saint Dominique de Guzman, à l’agonie, disait à ses frères et que nous pouvons appliquer à notre cher père Émilien: durant ma vie "Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que durant ma vie. " Qu’il en soit ainsi. "Cette homélie démontre hors de tout doute l’importance de l’oeuvre d' Émilien pour le Christ Ressuscité.

Lui qui, toute sa vie, a rendu grâce à Dieu qui, disait-il, agissait à travers un personnage si peu éloquent que lui-même, eh bien il aura accompli une tâche presque incroyable: répandre la Bonne Nouvelle de par le monde et faire poursuivre la Pentecôte en des temps où, comme certains le disent, la religion n’a pas la "cote". Aujourd’hui, Émilien est assis à la droite du Père. Il doit bien s’amuser là-haut, à savoir tant de choses qui, ici, nous échappent toujours. Selon Giovanna Manzo, membre de la communauté des Serviteurs du Christ en Italie, Émilien disait toujours qu'au moment de sa mort la première chose qu’il demanderait au Père serait: "Pourquoi guéris-tu certaines personnes et pas d’autres ?" Voilà une preuve de l’humilité de ce prêtre qui n’a jamais cherché à être que le serviteur de Dieu, l’humble instrument de son amour auprès de ceux qui souffrent.

Béni sois-tu. Émilien.

 

Extrait : p. 86-95 , du livre "  Un prophète nommé Émilien. Un hommage d’amitié au Père Émilien Tardif " Jean Ravary ptre . Edimage inc. 200

 

Mise à jour le Vendredi, 21 Novembre 2014 07:13